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Subtilité dans l’écriture des mots du Coran : Les compagnons proches et lointains

Subtilité dans l’écriture des mots du Coran : Les compagnons proches et lointains

Parfois, dans le Coran, certaines subtilités se cachent dans des détails en apparence insignifants. Ainsi en est-il du mot « compagnon » [sāhib] et ses dérivés.

On observe deux écritures de ce mot, dans le Coran, à plusieurs occurrences : (1) صَٰحِبِ et (2) صَا حِب. Dans ces deux mots, la prononciation est la même (sāhib) mais on trouve seulement une différence dans l’écriture. La première occurrence est attachée, alors que la deuxième est en deux parties, avec une lettre alif qui fait office de séparation (صَا حِب)  Pour quelle raison ? Difficile à dire.

Toujours est-il qu’après examen, cette différence d’écriture apparaît logique : lorsque les compagnons sont tous croyants en Allah, alors le mot est attaché. À l’inverse, lorsqu’un seul des compagnons est un croyant, alors le mot est détaché.

Examinons cela de plus près :

1er passage issue de la sourate « Al-Kahf » (La caverne)

« Et il avait des fruits et dit alors à son compagnon [li sāhibihi] avec qui il conversait : « Je possède plus de biens que toi, et je suis plus puissant que toi grâce à mon clan.

Il entra dans son jardin coupable envers lui-même [par sa mécréance]. Il dit : « Je ne pense pas que ceci puisse jamais périr et je ne pense pas que l’Heure viendra.

Et si on me ramène vers mon Seigneur, je trouverai certes meilleur lieu de retour que ce jardin. »

« Lui dit alors son compagnon [li sāhibihi], tout en conversant avec lui : « Serais-tu mécréant envers Celui qui t’a créé de terre, puis de sperme et enfin t’a façonné en homme ? (…) » »

Coran, sourate 18, « Al-Kahf » (La caverne), versets 34 à 37

Ce passage est frappant car les deux écritures du mot « compagnon » sont presque juxtaposés : on trouve d’abord « à son compagnon » (li sāhibihi : لِصَٰحِبِهِ), avec un mot unique. Mais dans le verset suivant, ledit compagnon prononce des paroles de mécréance, lorsqu’il dit : « je ne pense pas que l’Heure (le Jour du jugement) viendra ». Celui qui pense que le Jour du jugement n’aura pas lieu est exclu du spectre de l’islam : on ne peut être considéré comme musulman si on pense que les hommes ne seront pas ranimés et jugés après la mort [1].  Croire au Jugement dernier est en effet un des piliers de la foi islamique.

De fait, ce passage marque une rupture entre les deux hommes, le premier étant croyant, tandis que l’autre sort de la croyance authentique en Dieu (l’islam). Ceci pourrait alors expliquer pourquoi le terme « son compagnon » apparaît alors en un mot scindé en deux : صَا حِبُهُ.

Peut-être est-ce dû au hasard ? On peut en douter : on retrouve ce schéma à d’autres endroits du Coran, et notamment un peu plus tard dans cette même sourate.

2ème passage issue de la sourate « Al-Kahf » (La caverne)

« Si, après cela, je t’interroge sur quoi que ce soit, dit Moussa (Moïse), alors ne m’accompagne plus [fa lā toussā-hib-nī]. Tu seras alors excusé de te séparer de moi. »

Coran, sourate 18, « Al-Kahf » (La caverne), verset 76

Peu après ce verset, Moussa  interroge de nouveau Al-Khidr : conformément à son engagement, leurs routes se séparent et Al-Khidr ne l’accompagnera plus.

L’expression فَلَا تُصَٰحِبْنِى [fa lā toussā-hib-nī] est ici traduite par « alors ne m’accompagne plus ».

Les premières lettres [فَلَا] expriment l’immédiateté de l’action à suivre   (فَ = fa) et la négation (لَا = la).

Puis, on remarque que تُصَٰحِبْنِى [toussāhib-nī = accompagne-moi] est attaché.

Ce détail est tout à fait logique : même si les routes du savant Al-Khidr et du prophète Moussa  se séparent, tous deux restent unis dans la même foi islamique.

3ème passage : le prophète et son fidèle compagnon cachés dans une grotte

« Si vous ne lui portez pas secours… Allah l’a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon [li sāhibihi] : « Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous. » Allah fit alors descendre sur lui Sa sakīna et le soutint de soldats (anges) que vous ne voyiez pas, et Il abaissa ainsi la parole des mécréants, tandis que la parole d’Allah eut le dessus. Et Allah est Puissant et Sage. »

sourate 9 « At-Tawbah » (le repentir), verset 40

La circonstance de révélation de ce verset [2] est l’exode du prophète ﷺ, en l’an 622 du calendrier grégorien. Ce dernier partit, la nuit, avec son plus proche compagnon Abou Bakr . Talonnés par des Mecquois, qui voulaient les capturer, ils se réfugièrent dans la grotte de Thoūr pendant trois jours. Abou Bakr  fut alors effrayé, convaincu qu’eux deux allaient se faire capturer par leurs ennemis.[3] Le meneur des croyants, Mouhammad ﷺ, réconforta alors son compagnon en prononçant les paroles rassurantes relatées dans ce verset.

Ici, logiquement, le mot « compagnon » est en un seul mot attaché : لِصَٰحِبِهِ.

Ceci paraît cohérent car les deux hommes partagent la même foi en un Dieu unique, sans associé.

4ème passage : l’avertissement aux Mecquois

« Votre compagnon (Mouhammad) [sāhiboukoum] n’est nullement fou »

sourate 81 « At-Takwir » (l’obscurcissement), verset 22

Cette affirmation venant d’Allah souligne que Mouhammad ﷺ  n’est pas fou. C’est un avertissement lancé contre ceux qui osent cette affirmation, comme cela ressort des exégèses. Or, ceux qui prétendent cela ne croient évidemment pas à la religion monothéiste prêchée par le Mecquois appartenant à la noble tribu des fils d’Hachim.

Ceci explique sans doute pourquoi, en arabe, « votre compagnon » est ici écrit en deux parties, car il existe une séparation dans la foi :  صَا حِبُكُم

5ème passage : l’accompagnement des parents

« Nous avons commandé à l’homme [la bienfaisance envers] ses père et mère. Sa mère l’a porté [subissant pour lui] peine sur peine ; son sevrage a lieu à deux ans. « Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu’envers tes parents. Vers Moi est la destination. Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas, mais reste avec eux[sāhib-houmā] ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi, ensuite, est votre retour, et alors Je vous informerai de ce que vous faisiez. » »

sourate 31 « Loqman », versets 14-15

Ici, on retrouve un mot de la même racine, traduit en français dans le passage par « reste avec eux ». Pour être plus proche de la racine, on pourrait traduire par « accompagne-les ».

Cette fois-ci, le mot est scindé en deux parts : صَا حِبْهُمَا [sāhib-houmā]

Ceci est logique : il existe une certaine séparation entre le croyant et ses parents incroyants. L’entente ne sera pas parfaite tant que ces derniers n’auront pas embrassé la même foi monothéiste que leur enfant.

*

Dans ces cinq passages, on observe donc une certaine subtilité sur un point anodin, quasi invisible. Cela concourt à illustrer la perfection du Coran, jusqu’au moindre détail.


[1] Note : les polythéistes Mecquois, dans leur ensemble, croyaient en l’existence d’Allah le Créateur, mais d’une part lui associaient des pseudos-divinités, et d’autre part ne pensaient pas qu’ils seraient ressuscités après la mort pour être jugés. Cela ressort de la lecture du Coran et de la lecture des exégèses coraniques.

[2] Beaucoup de versets du Coran sont révélés en des occasions bien particulières. Leur étude relève d’une branche des sciences islamiques à part entière, appelée « Asbāb an-nouzoūl » [أسباب النزول], c’est-à-dire les causes et circonstances de la révélation (coranique).

[3] Récit d’après l’exégèse d’Ibn Kathir

4 réponses

  1. fateh dit :

    merci pour ces information très utiles

  2. fateh dit :

    merci pour ce bon post

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