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La vie des compagnons – ‘Abdallah ibn ‘Omar

La vie des compagnons – ‘Abdallah ibn ‘Omar

ʻAbdallah ibn ʻOmar (ibn Al-Khattab), qu’Allah l’agrée, était le fils du grand compagnon et émir des croyants ʻOmar ibn Al-Khattab. Il est parfois appelé, plus simplement, ibn ʻOmar. Il devint un des plus grands compagnons de son temps et fait partie de la deuxième génération des grands compagnons du prophète ﷺ, à l’instar de ʻAbdallah ibn ʻAbbas.

Ce compagnon est né 10 ans avant l’Hégire, c’est-à-dire vers 612. On le sait parce que ibn ʻOmar raconte qu’il s’est présenté devant le prophète ﷺ lors de la bataille de Badr. Il précise qu’à ce moment, il était âgé de 13 ans, donc le prophète ﷺ n’accepta pas sa présence au combat. Puis, ibn ʻOmar précise qu’il se présenta à la bataille de Ouhoud, et il avait 14 ans : le prophète ﷺ refusa encore une fois qu’il combatte. Puis, il raconte qu’il put enfin participer à la bataille de Khandaq, lorsque Médine fut assiégée, alors qu’il avait atteint l’âge de 15 ans. Notons toutefois que cette succession chronologique ne paraît pas tout à fait exacte, étant donné que Badr et Khandaq ne sont pas séparés par deux ans mais par trois. Néanmoins, on peut penser que c’était au début de ses 13 ans pour Badr, et la fin de ses 15 ans pour Khandaq, même si on n’est pas tout à fait certain.

Quoi qu’il en soit, on comprend qu’il est né 10 ans avant l’Hégire.

L’âge de la majorité 

Cette anecdote nous montre aussi que l’âge de 15 ans était considéré, à l’époque, comme l’âge de la majorité. Ce n’est pas une exception, étant donné que c’était encore le cas dans de nombreux pays il y a un siècle. L’âge de 18 ans est assez récent, au final, en étudiant l’histoire et l’anthropologie, on comprend que c’est quelque chose de culturel et que cet âge de la majorité qu’on connaît est plutôt nouveau. En définitive, on constate ici qu’un garçon de 15 ans était, dans l’Arabie du VIIème siècle, déjà considéré comme un adulte. 

La mère de ʻAbdallah ibn ʻOmar : Zeynab bint Madhʻoune

La mère de ʻAbdallah ibn ‘Omar était Zeynab bint Mazʻoune (زينب بنت مظعون). On ne sait pas beaucoup de choses sur elle. Elle est probablement décédée à la Mecque, et elle venait d’une famille pieuse. La plupart de ses frères et sœurs s’étaient convertis assez tôt à l’islam. La mère de ʻAbdallah ibn ‘Omar était Zeynab binti Mazʻoune. On ne sait pas beaucoup de choses sur elle. Elle est probablement décédée à la Mecque, et elle venait d’une famille pieuse. La plupart de ses frères et sœurs s’étaient convertis assez tôt à l’islam. Il semble qu’elle avait la peau assez sombre, et elle aurait transmis ce trait à son fils ʻAbdallah (d’après Mouhammad ibn Sa’ad, Kitab al-Tabaqat al-Kabir).

Son frère, l’oncle de ʻAbdallah ibn ʻOmar donc, était l’un des plus célèbres sahaba de cette génération, il s’agissait de ʻOuthmane ibn Mazʻoune (عثمان بن مظعون‎). Il fut le premier compagnon à mourir à Médine, parmi les émigrés de la Mecque. C’est aussi le premier musulman enterré au cimetière de Baqiʻ.

Extrait de la généalogie de 'Abdallah ibn 'Omar
Extrait de la généalogie de ‘Abdallah ibn ‘Omar

Son enfance dans une famille musulmane

Quand est-ce que ʻAbdallah ibn ‘Omar est devenu musulman ? On ne connaît pas l’année exacte, cependant on sait que c’était assez tôt mais pas parmi les premiers ; en effet, on sait que ʻOmar n’était pas parmi les premiers convertis. C’est après les 3, 4 ou 5 années de l’appel à l’islam à la Mecque. ʻOmar s’est converti assez tôt, alors que les persécutions contre les musulmans avaient lieu à la Mecque, mais il n’était pas parmi les premiers musulmans de la cité.

Ce qu’on peut comprendre de cela, c’est que ʻAbdallah ibn ‘Omar n’a pas le souvenir de la djahiliya, des pratiques antéislamiques, au sein de sa famille. Même si à la naissance de ʻAbdallah ibn ‘Omar, son père était peut-être encore polythéiste, lorsqu’il devint enfant et en âge de comprendre, toute sa famille était déjà entrée en islam. Il a donc été élevé dans la croyance islamique. 

Nous n’avons aucune narration sur lui à la Mecque, ce qui est logique car il était encore tout petit à ce moment-là. 

Son engagement précoce et son courage

Il migra avec son père à Médine, âgé d’environ 10 ans. On voit qu’il avait de grandes aspirations : dès l’âge de 12, 13 ans, il souhaitait déjà se battre pour la cause de l’islam. Notons d’ailleurs que pour la bataille de Badr, il s’agissait de volontariat, il n’y avait aucun caractère d’obligation. Pourtant, ʻAbdallah ibn ‘Omar s’est porté volontaire malgré son jeune âge. De même, la bataille de Ouhoud était défensive, pourtant il a encore une fois proposé son aide. 

Sa première bataille à Médine

Finalement, la bataille de Khandaq, lorsque Médine fut assiégée, fut son premier combat sur le terrain. Par la suite, il participa à toutes les batailles postérieures. Il sera ainsi présent au traité d’Al-Houdaybiya, à la conquête de la Mecque, la bataille de Mou’tah ainsi qu’à Houneyn, en compagnie du prophète ﷺ.

On a aussi quelques narrations du vivant du prophète ﷺ. Notons qu’à ce moment-là, c’était encore un très jeune homme lorsque le prophète ﷺ était encore en vie. À ce stade, son rôle était modeste. Toutefois, il avait un lien familial direct avec le messager d’Allah ﷺ, puisque sa sœur Hafsah était mariée avec ce dernier. Hafsah et lui avaient les deux mêmes parents. ʻAbdallah ibn ʻOmar était ainsi l’un des seuls hommes à pouvoir entrer dans la chambre du prophète ﷺ en son absence. 

Un rêve de ʻAbdallah ibn ‘Omar

ʻAbdallah ibn ‘Omar rapporte, comme on peut le lire dans le Sahih d’Al-Boukhari et de Mouslim (livre 8, hadith 172) : « J’étais un jeune homme et je dormais à la mosquée (il n’avait pas sa maison à lui et pas d’épouse). Un jour, je fis un rêve : je tenais de la soie fine et elle me transportait là où je voulais aller, au Paradis. Puis, deux êtres vinrent à moi et ils voulaient me prendre comme pour m’emmener en Enfer. Mais alors un ange vint, et dit : « N’y va pas. » Et je n’y allai pas. Je me réveillait et racontai mon rêve à Hafsah. » Pour résumer, il se voyait donc au Paradis et là, deux êtres, deux anges, voulaient l’amener en Enfer mais ils ne l’ont pas fait car un autre ange leur a enjoint de ne pas le faire. Après avoir raconté ce rêve à sa sœur, cette dernière en parla avec le prophète ﷺ et ce dernier dit : « نِعْمَ الرَّجلُ عبدُ اللَّهِ لَو كانَ يُصَلِّي مِنَ اللَّيْلِ » [Ni3ma-r-radjelou ibn ʻOmar laouw-kâna-ioussal-lî-mina-l-layl !], ce qui se traduit par : « Quel homme excellent, ibn ʻOmar ! Si seulement il priait pendant la nuit ! »

Ici, les deux phrases ne sont pas conditionnées. Cela ne veut pas dire que le fils de ʻOmar serait un homme bien s’il priait la nuit ! Ici, le prophète ﷺ souligne qu’Ibn ʻOmar est un homme remarquable, et il exprime son souhait qu’il fasse le tahadjoud, c’est-à-dire la prière nocturne surérogatoire. S’il se levait la nuit pour prier, il deviendrait donc un homme encore meilleur.

Ibn ʻOmar entendit ce hadith de sa sœur Hafsah. Et dès lors, comme le rapporte Sālim, son père ʻAbdallah dormit peu durant la nuit.  

Ce hadith implique aussi, comme on peut le voir ailleurs dans l’authentique d’Al-Boukhari, que la prière de nuit est un moyen pour se prémunir de l’Enfer. 

[Pour ceux d’entre nous qui ne prient pas toutes les nuits (ce qui est la quasi-totalité, sinon tous), il faut essayer de se lever au moins une fois de temps en temps pour faire le tahadjoud, par exemple toutes les semaines ou deux.]

Un éloge d’Ibn ʻOmar de la bouche du prophète ﷺ 

Quoi qu’il en soit, on a ici un grand éloge du prophète ﷺ à propos de ʻAbdallah ibn ‘Omar  : « Ni3ma-r-radjelou ibn ʻOmar. » On comprend que c’est un homme bien, une bonne personne. Ainsi, même quand il voyageait ou qu’il était malade, Ibn ‘Omar était assidu aux prières nocturnes et les accomplissait autant que possible. 

Ibn ‘Omar fait partie des ʻAbâdila

Notons qu’à cette époque, il y avait 200 à 300 ʻAbdallah parmi les compagnons. Quatre d’entre eux sont connus pour être “al-ʻAbâdila al-Arba’a”, c’est-à-dire « les quatre ʻAbdallah ». Il s’agit de ʻAbdallah ibn ʻAbbas, ʻAbdallah ibn Az-Zoubeyr, ʻAbdallah ibn ʻAmr ibn Al-As et bien sûr ʻAbdallah ibn ʻOmar. Lorsqu’on entend parler d’eux, ça doit tout de suite nous faire penser à des hommes d’une très grande piété et d’une pratique religieuse assidue, couplée à un grand ascétisme et un fort désintérêt pour la dounia, la vie terrestre. C’est vraiment ce qui caractérise ces ʻAbâdila. Ils étaient très investis religieusement, avec beaucoup de prières, notamment la nuit, de siyam (c’est-à-dire de jeûnes). En outre, aucun d’entre eux ne s’est bâti une maison ni palais. ʻAbdallah ibn ʻOmar est un digne représentant de ce groupe. 

Notons qu’après la mort du prophète ﷺ et des principaux compagnons, c’étaient eux qui étaient consultés pour trouver des solutions à divers problèmes. 

ʻAbdallah ibn ʻOmar était un homme d’une grande piété, et plusieurs récits nous racontent qu’il était invité à des mariages, ou chez quelqu’un, et il venait s’asseoir sans toutefois manger, et quand on lui demandait pourquoi, il répondait qu’il jeûnait. 

Le jeûne d’ibn ʻOmar en une occasion particulière

Dans une des narrations, on lit que ʻOurwa ibn Az-Zoubeyr, qui était le frère de ʻAbdallah ibn Az-Zoubeyr, est allé voir ibn ‘Omar qui faisait alors le tawaf autour de la Ka’aba. Il a demandé à épouser sa fille. Alors ibn ‘Omar a emmené ʻOurwa ibn Az-Zoubeyr chez lui et le mariage a été alors conclu immédiatement après, mâ châ Allah tabarak Allah. Alors, ʻOurwa organise une fête pour le mariage, et ibn ‘Omar jeûnait lorsqu’il y eut cette occasion. Ainsi, même au mariage de sa propre fille, il n’a pas mangé car il jeûnait encore une fois.

Ainsi, à d’autres occasions, il lui arrivait d’être invité. Il prenait alors un peu de nourriture dans ses mains mais n’en mangeait pas, c’était pour la bénédiction (comme l’indique le hadith). Il répondait aux invitations pour le bienfait que cela apporte, mais ne mangeait pas les nombreuses fois où il jeûnait.

Nafiʻ, le serviteur d’ibn ‘Omar et futur grand savant

Nafi’ était un des mawla de ibn ‘Omar, son serviteur affranchi. A la base, c’était un esclave. Il deviendra le plus grand savant de Médine durant la génération suivante. Ce sera aussi lui le professeur le plus important de Malik ibn Anas, qui deviendra le faqi de Médine, et auteur du célèbre Mouwa’tta. 

D’ailleurs, l’imam Al-Boukhari disait que la meilleure chaîne de transmission (isnad) était « Malik, d’après Nafi’, d’après ibn ‘Omar. »

Ibn ‘Omar, un homme assidu dans ses actes d’adoration

Nafi’ donne une description sur la piété d’ibn ‘Omar. Il dit qu’on ne peut pas l’atteindre. Et on insista pour qu’il détaille sa pratique religieuse, et il répondit alors : toute la nuit, à chaque fois qu’il faisait deux raka’at (deux unités de prière), il refaisait un woudou (ablutions), et entre deux prières, il lisait du Coran. Notons que les ablutions, en elles-mêmes, sont un acte d’adoration qui est récompensé, et que le prophète  faisait de nouvelles ablutions avant chaque prière obligatoire. 

Hafsah persuade son frère de se marier

Lorsqu’on se rend compte de sa pratique religieuse et de son ascétisme, on peut comprendre qu’ibn ‘Omar n’était pas vraiment préoccupé par le fait d’avoir une épouse. Lorsque sa soeur Hafsah comprit cela, elle insista pour que son frère se marie. Et pour le convaincre, elle lui parla du bienfait religieux d’avoir des enfants ; elle lui dit alors à peu près ces paroles : « Si tes enfants meurent avant toi, ce sera une intercession pour toi au Jour du jugement, et s’ils te survivent, ils feront des invocations pour toi lorsque tu seras dans la tombe. »

Ibn ‘Omar fut alors convaincu. Notez d’ailleurs que la mortalité infantile était assez élevée à l’époque, bien plus qu’aujourd’hui. De fait, la réflexion de Hafsah est très sensée.

Bien plus tard, on fit des réflexions désagréables à la femme de ibn ‘Omar, et on lui reprochera de ne pas s’occuper assez bien de son mari. 

Elle dit alors : que puis-je faire ? A chaque fois que je prépare de la nourriture pour lui, il invite les pauvres du quartier pour qu’ils mangent. 

Il y a encore d’autres récits, notamment dans le tabaqat d’ibn Sa’ad, avec une vingtaine de pages consacrées à ce compagnon, l’une des plus longues biographies. 

Anecdote : ‘Abdallah fait don du plat de son épouse

Un jour, ‘Abdallah ibn ‘Omar dit à son épouse : aujourd’hui, j’aimerais bien manger du poisson. Alors, sa femme alla au marché, acheta du poisson et le prépara. Et alors, juste avant l’iftar, juste avant le repas faisant suite au jour, un mendiant toque à la porte. ‘Abdallah dit alors : donne le poisson à cet homme. Son épouse était un peu agacée car elle voulait que son mari prenne le plat, mais il insista et lui demanda de donner ce qu’elle avait préparé. On voit ici jusqu’où va la générosité de ibn ‘Omar.

‘Abdallah très présent lors des conquêtes islamiques

Après la mort du prophète ﷺ, ‘Abdallah ibn ‘Omar participa pendant à peu près 10 ans à toutes les batailles majeures. Il fit partie de l’armée qui ouvrit le Cham (c’est-à-dire vers la Syrie), ensuite il partit vers le sud-est pour conquérir la Perse, puis dans le Caucase, vers l’Azerbaïdjan et la Russie. Enfin, il reprit la route dans une direction opposée, puisqu’il prit part à la conquête de l’Egypte et de l’Afrique du nord. Ce fut l’un des seuls compagnons qui se déplaça autant dans le cadre de l’extension du califat. 

La prière du voyageur pendant 6 mois

Comme on le lit dans le Sahih d’Al-Boukhari, c’est lui qui fut coincé en Azerbaïdjan pendant 6 mois et qui, tout ce temps, pria qasr, c’est-à-dire la prière du voyageur. Pourquoi ? Parce qu’il était aux avant-postes et il ne savait pas quand il allait quitter l’endroit, donc il avait le droit de raccourcir la prière car il n’était pas à l’abri d’un danger ou d’un imprévu. 

Tout cela nous montre l’engagement d’ibn ‘Omar au niveau militaire.

Le retour de ‘Abdallah ibn ‘Omar à Médine

Finalement, il revint à Médine et vécut sur place durant le califat de son propre père, ‘Omar ibn Al-Khattab. Ce dernier ne le nomma à aucune fonction, peut-être parce que son fils n’était pas intéressé par les fonctions de direction, ou bien parce qu’il ne voulait pas être accusé de népotisme, c’est-à-dire de favoriser sa famille. Ainsi, ibn ‘Omar n’eut aucune fonction politique sauf quand son père fut poignardé mortellement. Alors que ce dernier était en train de mourir, il nomma son fils pour articiper à la shoura, c’est-à-dire la consultation pour désigner un nouveau calife, mais comme il le dit « Wa laysa laka mina-l-amri chay’« , c’est-à-dire qu’il n’aurait aucune part dedans. En fait, il ne pouvait ni voter, ni être nommé calife lui-même. Toutefois, c’est lui qui était en charge de former cette consultation, ce conseil. 

Et pour le restant de ses jours, ‘Abdallah ibn ‘Omar n’eut aucune fonction publique au sein du califat. Ce fut l’un des seuls grands compagnons dans ce cas. Ainsi, même ‘Abdallah ibn ‘Abbas eut un rôle de dignitaire puisqu’il fut le gouverneur de Koufa pendant une courte période. ‘Abdallah ibn ‘Omar, lui, refusa tout cela, de façon obstinée.

La proposition de ‘Outhmâne ibn Affane

D’après les Sunnans d’At-Tirmidhi, le calife ‘Outhmâne ibn Affane voulait le charger des fonctions de qadi (juge) Alors, ‘Abdallah fit comprendre à ‘Outhmâne qu’il ne pouvait pas. A l’époque, les compagnons ne disaient pas « non » directement au calife, mais répondait de façon plus polie, en leur demandant de reconsidérer la question, ou en utilisant d’autres biais moins frontaux. 

‘Outhmane insista mais ‘Abdallah fut clair et dit qu’il ne voulait pas car il avait entendu le prophète ﷺ dire : « il y a trois types de juges. Deux d’entre eux sont en Enfer, et l’un d’entre eux ne sera pas puni. » D’après le hadith, les deux qui iront en Enfer sont les juges injustes ou corrompus, donc l’un a été égaré par ses émotions, et le second a succombé à la tentation des biens matériels. 

Ainsi, quand ‘Outhmâne constata l’obstination de ‘Abdallah, il renonça à le convaincre. 

Notons que la position de juge était l’une des plus importantes de la société musulmane, elle apportait honneur, gloire et même richesse. Ici, ibn ‘Omar n’agit pas parce qu’il sous-estimait l’importance de la fonction de juge, mais parce qu’il avait peur de commettre une erreur de jugement concernant des affaires relatives à l’Islam.

‘Abdallah devint par la suite l’un des plus grands narrateurs de ahadith, et notons que la plupart des ahadith qu’il narre proviennent des autres compagnons plus âgés, étant donné qu’il faisait partie des jeunes compagnons et qu’il n’avait pas tout entendu de la bouche du prophète ﷺ. 

La défense de ‘Outhmâne

Lorsque le calife ‘Outhmâne fut encerclé par les rebelles, ibn ‘Omar mit son armure et monta la garde pendant plusieurs jours. Et apparemment, le dernier jour avant le meurtre, ibn ‘Omar avait mis son armure par deux fois pour aller protéger la demeure du calife. Plus tard, ‘Outhmâne demandera qu’on ne garde plus sa maison, et c’est alors qu’il sera assassiné.

C’est ‘Ali qui devint alors calife. L’une des choses que voulait faire ‘Ali, c’était de démettre Mou’awiya ibn Abou Soufyane de ses fonctions de gouverneur du Cham. Ceci causa beaucoup de tensions avec le déclenchement de la première fitnah, une guerre civile qui culmina avec la bataille de Siffin en 657 (avec plusieurs milliers, voire dizaine de milliers de morts). 

‘Ali souhaite nommer ibn ‘Omar gouverneur du Cham

Lorsque ‘Ali voulut se séparer de Mou’awiya, il dit à ibn ‘Omar : « Je vais te nommer gouverneur du Cham« . C’était réellement une province prospère, fertile et prestigieuse, notamment car il y avait Jérusalem, ainsi que les vestiges de l’empire romain. À l’époque, l’autorité venait juste de changer de camp, et en ces lieux les habitants n’étaient pas encore « arabisés » et parlaient encore une langue latine. 

Dans la tête de ‘Ali, il fallait nommer le meilleur parmi eux, de telle sorte que personne ne puisse se plaindre de son gouverneur. C’était une manœuvre réfléchie, étant donné que Mou’awiya avait beaucoup de personnes qui le soutenaient. Toutefois, ‘Ali demanda à de nombreuses reprises, mais ibn ‘Omar refusa. Ce dernier vint voir sa sœur Hafsah, mère des croyants, pour lui demander d’intercéder auprès de l’émir des croyants, ‘Ali, pour lui dire qu’il ne pouvait pas être gouverneur. Hafsah devint alors impliquée, et envoya un message à ‘Ali pour qu’il excuse son frère et le libère de cette charge… mais ‘Ali ne voulut pas céder d’un pouce. Cela nous démontre la valeur d’ibn ‘Omar, que ‘Ali désirait absolument placer comme gouverneur du Cham, cette région clé. 

Que fit alors ibn ‘Omar ? Au milieu de la nuit, il prit son cheval et s’enfuit à la Mecque. Il a vraiment fui le pouvoir, littéralement. Il envoya alors un message qui disait : « Excuse-moi, je ne peux pas prendre son poste, et je m’en vais au haram« . Le haram désigne l’espace sacré de la Mecque, autour de la Ka’aba. Pourquoi l’appelle-t-on haram ? Comme on le lit dans la sourate 3, verset 97 : « Quiconque y entre est en sécurité » (وَمَن دَخَلَهُ كَانَ آمِنًا – wa man dakhalahou kâna âminan). En effet, on l’oublie, mais la Mecque est traditionnellement un lieu de protection, d’asile. Ce qui entre dans son espace sacré, son haram, devient béni et protégé. C’est ainsi qu’ibn ‘Omar fuit au haram de la Mecque en cherchant protection auprès d’Allah, car il ne se sentait pas en mesure de prendre ce poste. C’est à ce moment que ‘Ali a réalisé qu’il ne pourrait pas le contraindre à prendre la place de gouverneur du Cham et il céda.

Le groupe de sahaba neutre

Pendant la fitnah, sous le califat de ‘Ali, la bataille du chameau et celle de Siffin vont se tenir, et ibn ‘Omar va devenir l’un des meneurs du petit groupe d’une quinzaine de sahaba qui refusaient de prendre position dans le conflit opposant ‘Ali à Mou’awiya. Ils ne prirent pas parti, fermèrent leur porte, l’un d’entre eux cassa même son épée (il n’était plus en capacité de combattre après avoir fait cela). Certains ont aussi déserté les mosquées pendant cette période agitée. 

‘Abdallah ibn ‘Omar était ainsi le plus célèbre de ces sahaba n’ayant pas pris position. 

C’est ce groupe qu’ibn Taymiya et d’autres nommeront le « meilleur groupe des sahaba dans cette affaire« . En effet, certains savants diront plus tard que c’étaient le bon choix que ces hommes ont fait, et que la meilleure position adoptée était celle d’ibn ‘Omar. Il y eut d’autres compagnons dans son sillage, comme ‘Abdallah ibn ‘Amr ibn Al-As. Les autres Abâdila n’ont pas combattu, on observe ainsi que ‘Abdallah ibn ‘Abbas, gouverneur de Koufa, a accompagné l’armée de ‘Ali mais n’a pas combattu contre ‘Aïchah. On peut aussi citer, parmi les membres illustres de ce groupe, Sa’ad ibn Abi Waqqas (qui était parmi les 10 promis au Paradis), ou encore Oussama ibn Zayd (le fils de l’enfant adoptif du prophète ﷺ) et Abdallah ibn Salâm (le rabbin médinois converti à l’islam). 

Première guerre civile opposant ‘Ali et Mou’awiya

Le rejet du combat contre d’autres musulmans

Lorsqu’il fut interrogé par l’un de ses étudiants, ibn ‘Omar dit : « Quiconque dit « haya ‘ala salah », je viendrai. Quiconque dit « haya ‘ala-l-falah », je viendrai. Quiconque dit « haya ‘ala-l-qital », pour combattre un autre musulman, alors je refuserai« . 

En fait, il évoque d’abord les deux appels à la prière et au succès, dans l’athan. Puis il est question de l’appel au combat, et ibn ‘Omar fait part de son désaccord. 

Notons qu’ibn ‘Omar a vécu tout au long de cette grande discorde, de cette première fitnah, puisqu’il mourut en 693, c’est-à-dire 71 ans après l’Hégire. Et c’est l’un des rares qui restera neutre tout au long de ces tensions. Il était d’ailleurs critiqué par les deux camps pour cette neutralité ! C’est logique car chacun des deux partis voulait l’avoir de son côté. 

Une réplique d’ibn ‘Omar contre une critique

Dans le Sahih d’Al-Boukhari, on lit qu’un des partisans d’une des factions est venu le voir pour lui dire : « Allah ne dit-il pas : وَقَٰتِلُوهُمْ حَتَّىٰ لَا تَكُونَ فِتْنَة [wa qâtiloû houm hat-ta la takoûna fitnah] (c’est-à-dire, « et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fitnah« , sourate 8 verset 39). Ibn ‘Omar répondit : « Malheur à toi, que ta mère te perde [thaqilatka oummouk] (c’était une expression utilisée par les arabes), tu ne comprends pas ce que la fitnah signifie dans ce verset ? La fitnah était lorsque le prophète ﷺ combattait contre les négateurs [kouffars] parmi les Qoraïch, et on avait le choix entre céder et associer d’autres divinités à Allah ou bien les combattre. » 

Il reprocha donc à cette personne d’utiliser ce verset à mauvais escient, en détournant son sens d’origine. On constate ici que transformer la signification des versets n’est pas une chose nouvelle !

Ibn ‘Omar détailla alors sa pensée : « La fitnah n’est pas le combat des hommes pour le pouvoir ou la royauté [al-moulk]. » Il s’agit en réalité du shirk et le fait d’être forcé à vénérer autre qu’Allah. Ainsi, le sens du verset est « combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association à Allah« . 

Ibn ‘Omar agacé par des propos de Mou’awiya

En outre, il est mentionné que pendant l’arbitrage entre ‘Ali et Mou’awiya, Mou’awiya aurait tenu des propos durs contre son adversaire et dit : « Qui est cet homme qui ose s’opposer à moi ? » Ibn ‘Omar dit plus tard à ses étudiants : « C’était la seule fois qu’un désir de ce monde entra dans mon cœur (c’est-à-dire l’envie de s’impliquer en politique), et j’étais sur le point de dire : « Tu sais qui est celui contre toi ? C’est celui qui t’a battu ainsi que ton père, jusqu’à ce que vous soyez contraints d’accepter l’islam. » 

En fait, il voulait pointer la différence entre la noble position de ‘Ali, l’un des premiers musulmans et gendre du prophète ﷺ, et la position de Mou’awiya et celle de son père Abou Soufyane, qui est bien moins prestigieuse, car ils ont été parmi les derniers à embrasser l’islam à la conquête de la Mecque. 

Ibn ‘Omar dit : « J’étais si près de répondre ainsi et de prendre position dans ce conflit, mais alors j’ai pensé à jannah et aux fruits du jannah (c’est-à-dire les jardins du Paradis), et je me suis retenu. » 

Lorsque ‘Ali fut assassiné, ibn ‘Omar était au Hidjaz, en Arabie, et les gens vinrent le voir. La situation était alors chaotique, et finalement c’est le Hassan, le fils de ‘Ali, qui devint calife, et parallèlement Mou’awiya se proclama lui aussi calife. Mais avant que Hassan soit élu, les gens s’étaient adressés à Abdallah ibn ‘Omar et lui ont dit : « Anta sayyidouna wa bnou sayyidina » (tu es notre chef et le fils de notre chef), et tout le monde t’aime, personne ne te critiquera, alors viens et nous te donnerons le bay’a, l’allégeance.  

On proposa donc à ibn ‘Omar le califat sur un plateau d’argent. Mais ce dernier répondit : « Je jure par Allah, pas une seule goutte de sang ne sera répandue par moi ni pour moi ni à cause de moi, aussi longtemps que je vivrai. » 

Pour bien comprendre ses propos, il faut se remettre dans le contexte : on était en pleine guerre civile et les troubles n’étaient pas encore près de s’éteindre. Et le bain de sang continua encore des années. C’est cela que redoutait ibn ‘Omar, et il ne voulait pas être impliqué dans la mort d’autres hommes. Il avait peur de cela car il devrait en répondre devant Allah. 

Les propos durs d’ibn ‘Omar envers les prétendants au califat

L’imam Adh-Dhahabi, le célèbre savant du hadith et de l’exégèse coranique, a dit : « S’il avait accepté cette charge à ce moment-là, personne n’aurait pu objecter quoi que ce soit sur le fait qu’il devienne calife« . Personne n’était plus neutre que lui, mais ibn ‘Omar savait que même s’il prenait la fonction, les effusions de sang ne s’arrêteraient pas. Des critiques viendraient fatalement, qui conduiraient à de nouveaux conflits. Il resta donc neutre et donna une parabole : « Notre situation est comme celle d’un groupe en voyage, une tempête de sable les atteint alors et ils ne peuvent plus rien voir. Certains vont à droite, d’autres à gauche, et ils se perdent. Mais nous, nous sommes restés où nous étions, jusqu’à ce qu’Allah lève la tempête de sable. » Ibn ‘Omar ajoute : « Ces deux camps sont représentés par les jeunes garçons [ghilmân] des Qoraïch – notons que ‘Ali et Mou’awiya ne faisaient pas partie des compagnons les plus âgés – et à présent ils se battent pour le pouvoir et la dounya (c’est-à-dire la vie terrestre). Et tout ce pour quoi ils se battent ne valent, pour moi, pas plus que les sandales que je porte. » 

Mouʿawiya tente plus tard de soudoyer ibn ʿOmar

C’est ainsi que ibn ‘Omar jugeait la situation, et son opinion était assez dure, surtout par rapport à ‘Ali. Toutefois, même s’il n’avait pas choisi de camp, ce compagnon n’hésitait pas à dire la vérité et chacun des deux camps a pu être agacé par ses propos. Plus tard, durant le califat de Mou’awiya, ibn ‘Omar n’apporta pas son soutien au calife, et Mou’awiya en fut courroucé. Il avait consenti à son autorité mais ne lui a pas apporté d’approbation particulière, et tout le monde l’avait perçu. Il y avait donc des tensions entre les deux hommes. Alors, un jour, Mou’awiya offrit à ibn ‘Omar 100 000 dirhams, une fortune. Quelques jours plus tard, un ordre vient de la part du calife, qui dit : « Tu dois donner ton serment d’allégeance [bay’a] à mon fils Yazid« . Alors, ibn ‘Omar renvoya immédiatement le « cadeau » de Mou’awiya et dit, en substance : « Tu penses vraiment que ma religion est si dérisoire à mes yeux, pour que je puisse la vendre à 100 000 dirhams ? » 

Ibn ‘Omar pendant la deuxième fitnah

Plus tard, lorsque le califat revint à Yazid, ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr, le petit-fils d’Abou Bakr, fils de Asma, neveu de ‘Aichah, se souleva et se revendiqua lui aussi calife, ce qui provoqua la deuxième fitnah (en 680). Il y eut alors une insurrection, en ce début de l’ère omeyyade. Pendant une certaine période, le califat de ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr, basé à la Mecque, était plus grand et plus puissant que celui de Yazid, basé à Damas. Mais le califat des omeyyades put compter sur un chef de guerre implacable et sanguinaire, il s’agit de Al-Hadjâdj ibn Yoûssouf Ath-Thaqafî. C’est ce triste personnage qui fit la sale besogne pour le califat omeyyade.

La suite prochainement, in châ Allah…

4 réponses

  1. fateh dit :

    merci pour ces information très utiles

  2. staps dit :

    merci pour ces information très utiles

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