contact@la-recherche-du-savoir.fr

La vie des compagnons – ‘Abdallah ibn ‘Omar

La vie des compagnons – ‘Abdallah ibn ‘Omar

ʻAbdallah ibn ʻOmar (ibn Al-Khattab), qu’Allah l’agrée, était le fils du grand compagnon et émir des croyants ʻOmar ibn Al-Khattab. Il est parfois appelé, plus simplement, ibn ʻOmar. Il devint un des plus grands compagnons de son temps et fait partie de la deuxième génération des grands compagnons du prophète ﷺ, à l’instar de ʻAbdallah ibn ʻAbbas.

Ce compagnon est né 10 ans avant l’Hégire, c’est-à-dire vers 612. On le sait parce que ibn ʻOmar raconte qu’il s’est présenté devant le prophète ﷺ lors de la bataille de Badr. Il précise qu’à ce moment, il était âgé de 13 ans, donc le prophète ﷺ n’accepta pas sa présence au combat. Puis, ibn ʻOmar précise qu’il se présenta à la bataille de Ouhoud, et il avait 14 ans : le prophète ﷺ refusa encore une fois qu’il combatte. Puis, il raconte qu’il put enfin participer à la bataille de Khandaq, lorsque Médine fut assiégée, alors qu’il avait atteint l’âge de 15 ans. Notons toutefois que cette succession chronologique ne paraît pas tout à fait exacte, étant donné que Badr et Khandaq ne sont pas séparés par deux ans mais par trois. Néanmoins, on peut penser que c’était au début de ses 13 ans pour Badr, et la fin de ses 15 ans pour Khandaq, même si on n’est pas tout à fait certain.

Quoi qu’il en soit, on comprend qu’il est né 10 ans avant l’Hégire.

L’âge de la majorité 

Cette anecdote nous montre aussi que l’âge de 15 ans était considéré, à l’époque, comme l’âge de la majorité. Ce n’est pas une exception, étant donné que c’était encore le cas dans de nombreux pays il y a un siècle. L’âge de 18 ans est assez récent, au final, en étudiant l’histoire et l’anthropologie, on comprend que c’est quelque chose de culturel et que cet âge de la majorité qu’on connaît est plutôt nouveau. En définitive, on constate ici qu’un garçon de 15 ans était, dans l’Arabie du VIIème siècle, déjà considéré comme un adulte. 

La mère de ʻAbdallah ibn ʻOmar : Zeynab bint Madhʻoune

La mère de ʻAbdallah ibn ‘Omar était Zeynab bint Mazʻoune (زينب بنت مظعون). On ne sait pas beaucoup de choses sur elle. Elle est probablement décédée à la Mecque, et elle venait d’une famille pieuse. La plupart de ses frères et sœurs s’étaient convertis assez tôt à l’islam. La mère de ʻAbdallah ibn ‘Omar était Zeynab binti Mazʻoune. On ne sait pas beaucoup de choses sur elle. Elle est probablement décédée à la Mecque, et elle venait d’une famille pieuse. La plupart de ses frères et sœurs s’étaient convertis assez tôt à l’islam. Il semble qu’elle avait la peau assez sombre, et elle aurait transmis ce trait à son fils ʻAbdallah (d’après Mouhammad ibn Sa’ad, Kitab al-Tabaqat al-Kabir).

Son frère, l’oncle de ʻAbdallah ibn ʻOmar donc, était l’un des plus célèbres sahaba de cette génération, il s’agissait de ʻOuthmane ibn Mazʻoune (عثمان بن مظعون‎). Il fut le premier compagnon à mourir à Médine, parmi les émigrés de la Mecque. C’est aussi le premier musulman enterré au cimetière de Baqiʻ.

Extrait de la généalogie de 'Abdallah ibn 'Omar
Extrait de la généalogie de ‘Abdallah ibn ‘Omar

Son enfance dans une famille musulmane

Quand est-ce que ʻAbdallah ibn ‘Omar est devenu musulman ? On ne connaît pas l’année exacte, cependant on sait que c’était assez tôt mais pas parmi les premiers ; en effet, on sait que ʻOmar n’était pas parmi les premiers convertis. C’est après les 3, 4 ou 5 années de l’appel à l’islam à la Mecque. ʻOmar s’est converti assez tôt, alors que les persécutions contre les musulmans avaient lieu à la Mecque, mais il n’était pas parmi les premiers musulmans de la cité.

Ce qu’on peut comprendre de cela, c’est que ʻAbdallah ibn ‘Omar n’a pas le souvenir de la djahiliya, des pratiques antéislamiques, au sein de sa famille. Même si à la naissance de ʻAbdallah ibn ‘Omar, son père était peut-être encore polythéiste, lorsqu’il devint enfant et en âge de comprendre, toute sa famille était déjà entrée en islam. Il a donc été élevé dans la croyance islamique. 

Nous n’avons aucune narration sur lui à la Mecque, ce qui est logique car il était encore tout petit à ce moment-là. 

Son engagement précoce et son courage

Il migra avec son père à Médine, âgé d’environ 10 ans. On voit qu’il avait de grandes aspirations : dès l’âge de 12, 13 ans, il souhaitait déjà se battre pour la cause de l’islam. Notons d’ailleurs que pour la bataille de Badr, il s’agissait de volontariat, il n’y avait aucun caractère d’obligation. Pourtant, ʻAbdallah ibn ‘Omar s’est porté volontaire malgré son jeune âge. De même, la bataille de Ouhoud était défensive, pourtant il a encore une fois proposé son aide. 

Sa première bataille à Médine

Finalement, la bataille de Khandaq, lorsque Médine fut assiégée, fut son premier combat sur le terrain. Par la suite, il participa à toutes les batailles postérieures. Il sera ainsi présent au traité d’Al-Houdaybiya, à la conquête de la Mecque, la bataille de Mou’tah ainsi qu’à Houneyn, en compagnie du prophète ﷺ.

On a aussi quelques narrations du vivant du prophète ﷺ. Notons qu’à ce moment-là, c’était encore un très jeune homme lorsque le prophète ﷺ était encore en vie. À ce stade, son rôle était modeste. Toutefois, il avait un lien familial direct avec le messager d’Allah ﷺ, puisque sa sœur Hafsah était mariée avec ce dernier. Hafsah et lui avaient les deux mêmes parents. ʻAbdallah ibn ʻOmar était ainsi l’un des seuls hommes à pouvoir entrer dans la chambre du prophète ﷺ en son absence. 

Un rêve de ʻAbdallah ibn ‘Omar

ʻAbdallah ibn ‘Omar rapporte, comme on peut le lire dans le Sahih d’Al-Boukhari et de Mouslim (livre 8, hadith 172) : « J’étais un jeune homme et je dormais à la mosquée (il n’avait pas sa maison à lui et pas d’épouse). Un jour, je fis un rêve : je tenais de la soie fine et elle me transportait là où je voulais aller, au Paradis. Puis, deux êtres vinrent à moi et ils voulaient me prendre comme pour m’emmener en Enfer. Mais alors un ange vint, et dit : « N’y va pas. » Et je n’y allai pas. Je me réveillait et racontai mon rêve à Hafsah. » Pour résumer, il se voyait donc au Paradis et là, deux êtres, deux anges, voulaient l’amener en Enfer mais ils ne l’ont pas fait car un autre ange leur a enjoint de ne pas le faire. Après avoir raconté ce rêve à sa sœur, cette dernière en parla avec le prophète ﷺ et ce dernier dit : « نِعْمَ الرَّجلُ عبدُ اللَّهِ لَو كانَ يُصَلِّي مِنَ اللَّيْلِ » [Ni3ma-r-radjelou ibn ʻOmar laouw-kâna-ioussal-lî-mina-l-layl !], ce qui se traduit par : « Quel homme excellent, ibn ʻOmar ! Si seulement il priait pendant la nuit ! »

Ici, les deux phrases ne sont pas conditionnées. Cela ne veut pas dire que le fils de ʻOmar serait un homme bien s’il priait la nuit ! Ici, le prophète ﷺ souligne qu’Ibn ʻOmar est un homme remarquable, et il exprime son souhait qu’il fasse le tahadjoud, c’est-à-dire la prière nocturne surérogatoire. S’il se levait la nuit pour prier, il deviendrait donc un homme encore meilleur.

Ibn ʻOmar entendit ce hadith de sa sœur Hafsah. Et dès lors, comme le rapporte Sālim, son père ʻAbdallah dormit peu durant la nuit.  

Ce hadith implique aussi, comme on peut le voir ailleurs dans l’authentique d’Al-Boukhari, que la prière de nuit est un moyen pour se prémunir de l’Enfer. 

[Pour ceux d’entre nous qui ne prient pas toutes les nuits (ce qui est la quasi-totalité, sinon tous), il faut essayer de se lever au moins une fois de temps en temps pour faire le tahadjoud, par exemple toutes les semaines ou deux.]

Un éloge d’Ibn ʻOmar de la bouche du prophète ﷺ 

Quoi qu’il en soit, on a ici un grand éloge du prophète ﷺ à propos de ʻAbdallah ibn ‘Omar  : « Ni3ma-r-radjelou ibn ʻOmar. » On comprend que c’est un homme bien, une bonne personne. Ainsi, même quand il voyageait ou qu’il était malade, Ibn ‘Omar était assidu aux prières nocturnes et les accomplissait autant que possible. 

Ibn ‘Omar fait partie des ʻAbâdila

Notons qu’à cette époque, il y avait 200 à 300 ʻAbdallah parmi les compagnons. Quatre d’entre eux sont connus pour être “al-ʻAbâdila al-Arba’a”, c’est-à-dire « les quatre ʻAbdallah ». Il s’agit de ʻAbdallah ibn ʻAbbas, ʻAbdallah ibn Az-Zoubeyr, ʻAbdallah ibn ʻAmr ibn Al-As et bien sûr ʻAbdallah ibn ʻOmar. Lorsqu’on entend parler d’eux, ça doit tout de suite nous faire penser à des hommes d’une très grande piété et d’une pratique religieuse assidue, couplée à un grand ascétisme et un fort désintérêt pour la dounia, la vie terrestre. C’est vraiment ce qui caractérise ces ʻAbâdila. Ils étaient très investis religieusement, avec beaucoup de prières, notamment la nuit, de siyam (c’est-à-dire de jeûnes). En outre, aucun d’entre eux ne s’est bâti une maison ni palais. ʻAbdallah ibn ʻOmar est un digne représentant de ce groupe. 

Notons qu’après la mort du prophète ﷺ et des principaux compagnons, c’étaient eux qui étaient consultés pour trouver des solutions à divers problèmes. 

ʻAbdallah ibn ʻOmar était un homme d’une grande piété, et plusieurs récits nous racontent qu’il était invité à des mariages, ou chez quelqu’un, et il venait s’asseoir sans toutefois manger, et quand on lui demandait pourquoi, il répondait qu’il jeûnait. 

Le jeûne d’ibn ʻOmar en une occasion particulière

Dans une des narrations, on lit que ʻOurwa ibn Az-Zoubeyr, qui était le frère de ʻAbdallah ibn Az-Zoubeyr, est allé voir ibn ‘Omar qui faisait alors le tawaf autour de la Ka’aba. Il a demandé à épouser sa fille. Alors ibn ‘Omar a emmené ʻOurwa ibn Az-Zoubeyr chez lui et le mariage a été alors conclu immédiatement après, mâ châ Allah tabarak Allah. Alors, ʻOurwa organise une fête pour le mariage, et ibn ‘Omar jeûnait lorsqu’il y eut cette occasion. Ainsi, même au mariage de sa propre fille, il n’a pas mangé car il jeûnait encore une fois.

Ainsi, à d’autres occasions, il lui arrivait d’être invité. Il prenait alors un peu de nourriture dans ses mains mais n’en mangeait pas, c’était pour la bénédiction (comme l’indique le hadith). Il répondait aux invitations pour le bienfait que cela apporte, mais ne mangeait pas les nombreuses fois où il jeûnait.

Nafiʻ, le serviteur d’ibn ‘Omar et futur grand savant

Nafi’ était un des mawla de ibn ‘Omar, son serviteur affranchi. A la base, c’était un esclave. Il deviendra le plus grand savant de Médine durant la génération suivante. Ce sera aussi lui le professeur le plus important de Malik ibn Anas, qui deviendra le faqi de Médine, et auteur du célèbre Mouwa’tta. 

D’ailleurs, l’imam Al-Boukhari disait que la meilleure chaîne de transmission (isnad) était « Malik, d’après Nafi’, d’après ibn ‘Omar. »

Ibn ‘Omar, un homme assidu dans ses actes d’adoration

Nafi’ donne une description sur la piété d’ibn ‘Omar. Il dit qu’on ne peut pas l’atteindre. Et on insista pour qu’il détaille sa pratique religieuse, et il répondit alors : toute la nuit, à chaque fois qu’il faisait deux raka’at (deux unités de prière), il refaisait un woudou (ablutions), et entre deux prières, il lisait du Coran. Notons que les ablutions, en elles-mêmes, sont un acte d’adoration qui est récompensé, et que le prophète  faisait de nouvelles ablutions avant chaque prière obligatoire. 

Hafsah persuade son frère de se marier

Lorsqu’on se rend compte de sa pratique religieuse et de son ascétisme, on peut comprendre qu’ibn ‘Omar n’était pas vraiment préoccupé par le fait d’avoir une épouse. Lorsque sa soeur Hafsah comprit cela, elle insista pour que son frère se marie. Et pour le convaincre, elle lui parla du bienfait religieux d’avoir des enfants ; elle lui dit alors à peu près ces paroles : « Si tes enfants meurent avant toi, ce sera une intercession pour toi au Jour du jugement, et s’ils te survivent, ils feront des invocations pour toi lorsque tu seras dans la tombe. »

Ibn ‘Omar fut alors convaincu. Notez d’ailleurs que la mortalité infantile était assez élevée à l’époque, bien plus qu’aujourd’hui. De fait, la réflexion de Hafsah est très sensée.

Bien plus tard, on fit des réflexions désagréables à la femme de ibn ‘Omar, et on lui reprochera de ne pas s’occuper assez bien de son mari. 

Elle dit alors : que puis-je faire ? A chaque fois que je prépare de la nourriture pour lui, il invite les pauvres du quartier pour qu’ils mangent. 

Il y a encore d’autres récits, notamment dans le tabaqat d’ibn Sa’ad, avec une vingtaine de pages consacrées à ce compagnon, l’une des plus longues biographies. 

Anecdote : ‘Abdallah fait don du plat de son épouse

Un jour, ‘Abdallah ibn ‘Omar dit à son épouse : aujourd’hui, j’aimerais bien manger du poisson. Alors, sa femme alla au marché, acheta du poisson et le prépara. Et alors, juste avant l’iftar, juste avant le repas faisant suite au jour, un mendiant toque à la porte. ‘Abdallah dit alors : donne le poisson à cet homme. Son épouse était un peu agacée car elle voulait que son mari prenne le plat, mais il insista et lui demanda de donner ce qu’elle avait préparé. On voit ici jusqu’où va la générosité de ibn ‘Omar.

‘Abdallah très présent lors des conquêtes islamiques

Après la mort du prophète ﷺ, ‘Abdallah ibn ‘Omar participa pendant à peu près 10 ans à toutes les batailles majeures. Il fit partie de l’armée qui ouvrit le Cham (c’est-à-dire vers la Syrie), ensuite il partit vers le sud-est pour conquérir la Perse, puis dans le Caucase, vers l’Azerbaïdjan et la Russie. Enfin, il reprit la route dans une direction opposée, puisqu’il prit part à la conquête de l’Egypte et de l’Afrique du nord. Ce fut l’un des seuls compagnons qui se déplaça autant dans le cadre de l’extension du califat. 

La prière du voyageur pendant 6 mois

Comme on le lit dans le Sahih d’Al-Boukhari, c’est lui qui fut coincé en Azerbaïdjan pendant 6 mois et qui, tout ce temps, pria qasr, c’est-à-dire la prière du voyageur. Pourquoi ? Parce qu’il était aux avant-postes et il ne savait pas quand il allait quitter l’endroit, donc il avait le droit de raccourcir la prière car il n’était pas à l’abri d’un danger ou d’un imprévu. 

Tout cela nous montre l’engagement d’ibn ‘Omar au niveau militaire.

Le retour de ‘Abdallah ibn ‘Omar à Médine

Finalement, il revint à Médine et vécut sur place durant le califat de son propre père, ‘Omar ibn Al-Khattab. Ce dernier ne le nomma à aucune fonction, peut-être parce que son fils n’était pas intéressé par les fonctions de direction, ou bien parce qu’il ne voulait pas être accusé de népotisme, c’est-à-dire de favoriser sa famille. Ainsi, ibn ‘Omar n’eut aucune fonction politique sauf quand son père fut poignardé mortellement. Alors que ce dernier était en train de mourir, il nomma son fils pour articiper à la shoura, c’est-à-dire la consultation pour désigner un nouveau calife, mais comme il le dit « Wa laysa laka mina-l-amri chay’« , c’est-à-dire qu’il n’aurait aucune part dedans. En fait, il ne pouvait ni voter, ni être nommé calife lui-même. Toutefois, c’est lui qui était en charge de former cette consultation, ce conseil. 

Et pour le restant de ses jours, ‘Abdallah ibn ‘Omar n’eut aucune fonction publique au sein du califat. Ce fut l’un des seuls grands compagnons dans ce cas. Ainsi, même ‘Abdallah ibn ‘Abbas eut un rôle de dignitaire puisqu’il fut le gouverneur de Koufa pendant une courte période. ‘Abdallah ibn ‘Omar, lui, refusa tout cela, de façon obstinée.

La proposition de ‘Outhmâne ibn Affane

D’après les Sunnans d’At-Tirmidhi, le calife ‘Outhmâne ibn Affane voulait le charger des fonctions de qadi (juge) Alors, ‘Abdallah fit comprendre à ‘Outhmâne qu’il ne pouvait pas. A l’époque, les compagnons ne disaient pas « non » directement au calife, mais répondait de façon plus polie, en leur demandant de reconsidérer la question, ou en utilisant d’autres biais moins frontaux. 

‘Outhmane insista mais ‘Abdallah fut clair et dit qu’il ne voulait pas car il avait entendu le prophète ﷺ dire : « il y a trois types de juges. Deux d’entre eux sont en Enfer, et l’un d’entre eux ne sera pas puni. » D’après le hadith, les deux qui iront en Enfer sont les juges injustes ou corrompus, donc l’un a été égaré par ses émotions, et le second a succombé à la tentation des biens matériels. 

Ainsi, quand ‘Outhmâne constata l’obstination de ‘Abdallah, il renonça à le convaincre. 

Notons que la position de juge était l’une des plus importantes de la société musulmane, elle apportait honneur, gloire et même richesse. Ici, ibn ‘Omar n’agit pas parce qu’il sous-estimait l’importance de la fonction de juge, mais parce qu’il avait peur de commettre une erreur de jugement concernant des affaires relatives à l’Islam.

‘Abdallah devint par la suite l’un des plus grands narrateurs de ahadith, et notons que la plupart des ahadith qu’il narre proviennent des autres compagnons plus âgés, étant donné qu’il faisait partie des jeunes compagnons et qu’il n’avait pas tout entendu de la bouche du prophète ﷺ. 

La défense de ‘Outhmâne

Lorsque le calife ‘Outhmâne fut encerclé par les rebelles, ibn ‘Omar mit son armure et monta la garde pendant plusieurs jours. Et apparemment, le dernier jour avant le meurtre, ibn ‘Omar avait mis son armure par deux fois pour aller protéger la demeure du calife. Plus tard, ‘Outhmâne demandera qu’on ne garde plus sa maison, et c’est alors qu’il sera assassiné.

C’est ‘Ali qui devint alors calife. L’une des choses que voulait faire ‘Ali, c’était de démettre Mou’awiya ibn Abou Soufyane de ses fonctions de gouverneur du Cham. Ceci causa beaucoup de tensions avec le déclenchement de la première fitnah, une guerre civile qui culmina avec la bataille de Siffin en 657 (avec plusieurs milliers, voire dizaine de milliers de morts). 

‘Ali souhaite nommer ibn ‘Omar gouverneur du Cham

Lorsque ‘Ali voulut se séparer de Mou’awiya, il dit à ibn ‘Omar : « Je vais te nommer gouverneur du Cham« . C’était réellement une province prospère, fertile et prestigieuse, notamment car il y avait Jérusalem, ainsi que les vestiges de l’empire romain. À l’époque, l’autorité venait juste de changer de camp, et en ces lieux les habitants n’étaient pas encore « arabisés » et parlaient encore une langue latine. 

Dans la tête de ‘Ali, il fallait nommer le meilleur parmi eux, de telle sorte que personne ne puisse se plaindre de son gouverneur. C’était une manœuvre réfléchie, étant donné que Mou’awiya avait beaucoup de personnes qui le soutenaient. Toutefois, ‘Ali demanda à de nombreuses reprises, mais ibn ‘Omar refusa. Ce dernier vint voir sa sœur Hafsah, mère des croyants, pour lui demander d’intercéder auprès de l’émir des croyants, ‘Ali, pour lui dire qu’il ne pouvait pas être gouverneur. Hafsah devint alors impliquée, et envoya un message à ‘Ali pour qu’il excuse son frère et le libère de cette charge… mais ‘Ali ne voulut pas céder d’un pouce. Cela nous démontre la valeur d’ibn ‘Omar, que ‘Ali désirait absolument placer comme gouverneur du Cham, cette région clé. 

Que fit alors ibn ‘Omar ? Au milieu de la nuit, il prit son cheval et s’enfuit à la Mecque. Il a vraiment fui le pouvoir, littéralement. Il envoya alors un message qui disait : « Excuse-moi, je ne peux pas prendre son poste, et je m’en vais au haram« . Le haram désigne l’espace sacré de la Mecque, autour de la Ka’aba. Pourquoi l’appelle-t-on haram ? Comme on le lit dans la sourate 3, verset 97 : « Quiconque y entre est en sécurité » (وَمَن دَخَلَهُ كَانَ آمِنًا – wa man dakhalahou kâna âminan). En effet, on l’oublie, mais la Mecque est traditionnellement un lieu de protection, d’asile. Ce qui entre dans son espace sacré, son haram, devient béni et protégé. C’est ainsi qu’ibn ‘Omar fuit au haram de la Mecque en cherchant protection auprès d’Allah, car il ne se sentait pas en mesure de prendre ce poste. C’est à ce moment que ‘Ali a réalisé qu’il ne pourrait pas le contraindre à prendre la place de gouverneur du Cham et il céda.

Le groupe de sahaba neutre

Pendant la fitnah, sous le califat de ‘Ali, la bataille du chameau et celle de Siffin vont se tenir, et ibn ‘Omar va devenir l’un des meneurs du petit groupe d’une quinzaine de sahaba qui refusaient de prendre position dans le conflit opposant ‘Ali à Mou’awiya. Ils ne prirent pas parti, fermèrent leur porte, l’un d’entre eux cassa même son épée (il n’était plus en capacité de combattre après avoir fait cela). Certains ont aussi déserté les mosquées pendant cette période agitée. 

‘Abdallah ibn ‘Omar était ainsi le plus célèbre de ces sahaba n’ayant pas pris position. 

C’est ce groupe qu’ibn Taymiya et d’autres nommeront le « meilleur groupe des sahaba dans cette affaire« . En effet, certains savants diront plus tard que c’étaient le bon choix que ces hommes ont fait, et que la meilleure position adoptée était celle d’ibn ‘Omar. Il y eut d’autres compagnons dans son sillage, comme ‘Abdallah ibn ‘Amr ibn Al-As. Les autres Abâdila n’ont pas combattu, on observe ainsi que ‘Abdallah ibn ‘Abbas, gouverneur de Koufa, a accompagné l’armée de ‘Ali mais n’a pas combattu contre ‘Aïchah. On peut aussi citer, parmi les membres illustres de ce groupe, Sa’ad ibn Abi Waqqas (qui était parmi les 10 promis au Paradis), ou encore Oussama ibn Zayd (le fils de l’enfant adoptif du prophète ﷺ) et Abdallah ibn Salâm (le rabbin médinois converti à l’islam). 

Première guerre civile opposant ‘Ali et Mou’awiya

Le rejet du combat contre d’autres musulmans

Lorsqu’il fut interrogé par l’un de ses étudiants, ibn ‘Omar dit : « Quiconque dit « haya ‘ala salah », je viendrai. Quiconque dit « haya ‘ala-l-falah », je viendrai. Quiconque dit « haya ‘ala-l-qital », pour combattre un autre musulman, alors je refuserai« . 

En fait, il évoque d’abord les deux appels à la prière et au succès, dans l’athan. Puis il est question de l’appel au combat, et ibn ‘Omar fait part de son désaccord. 

Notons qu’ibn ‘Omar a vécu tout au long de cette grande discorde, de cette première fitnah, puisqu’il mourut en 693, c’est-à-dire 71 ans après l’Hégire. Et c’est l’un des rares qui restera neutre tout au long de ces tensions. Il était d’ailleurs critiqué par les deux camps pour cette neutralité ! C’est logique car chacun des deux partis voulait l’avoir de son côté. 

Une réplique d’ibn ‘Omar contre une critique

Dans le Sahih d’Al-Boukhari, on lit qu’un des partisans d’une des factions est venu le voir pour lui dire : « Allah ne dit-il pas : وَقَٰتِلُوهُمْ حَتَّىٰ لَا تَكُونَ فِتْنَة [wa qâtiloû houm hat-ta la takoûna fitnah] (c’est-à-dire, « et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fitnah« , sourate 8 verset 39). Ibn ‘Omar répondit : « Malheur à toi, que ta mère te perde [thaqilatka oummouk] (c’était une expression utilisée par les arabes), tu ne comprends pas ce que la fitnah signifie dans ce verset ? La fitnah était lorsque le prophète ﷺ combattait contre les négateurs [kouffars] parmi les Qoraïch, et on avait le choix entre céder et associer d’autres divinités à Allah ou bien les combattre. » 

Il reprocha donc à cette personne d’utiliser ce verset à mauvais escient, en détournant son sens d’origine. On constate ici que transformer la signification des versets n’est pas une chose nouvelle !

Ibn ‘Omar détailla alors sa pensée : « La fitnah n’est pas le combat des hommes pour le pouvoir ou la royauté [al-moulk]. » Il s’agit en réalité du shirk et le fait d’être forcé à vénérer autre qu’Allah. Ainsi, le sens du verset est « combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association à Allah« . 

Ibn ‘Omar agacé par des propos de Mou’awiya

En outre, il est mentionné que pendant l’arbitrage entre ‘Ali et Mou’awiya, Mou’awiya aurait tenu des propos durs contre son adversaire et dit : « Qui est cet homme qui ose s’opposer à moi ? » Ibn ‘Omar dit plus tard à ses étudiants : « C’était la seule fois qu’un désir de ce monde entra dans mon cœur (c’est-à-dire l’envie de s’impliquer en politique), et j’étais sur le point de dire : « Tu sais qui est celui contre toi ? C’est celui qui t’a battu ainsi que ton père, jusqu’à ce que vous soyez contraints d’accepter l’islam. » 

En fait, il voulait pointer la différence entre la noble position de ‘Ali, l’un des premiers musulmans et gendre du prophète ﷺ, et la position de Mou’awiya et celle de son père Abou Soufyane, qui est bien moins prestigieuse, car ils ont été parmi les derniers à embrasser l’islam à la conquête de la Mecque. 

Ibn ‘Omar dit : « J’étais si près de répondre ainsi et de prendre position dans ce conflit, mais alors j’ai pensé à jannah et aux fruits du jannah (c’est-à-dire les jardins du Paradis), et je me suis retenu. » 

Lorsque ‘Ali fut assassiné, ibn ‘Omar était au Hidjaz, en Arabie, et les gens vinrent le voir. La situation était alors chaotique, et finalement c’est le Hassan, le fils de ‘Ali, qui devint calife, et parallèlement Mou’awiya se proclama lui aussi calife. Mais avant que Hassan soit élu, les gens s’étaient adressés à Abdallah ibn ‘Omar et lui ont dit : « Anta sayyidouna wa bnou sayyidina » (tu es notre chef et le fils de notre chef), et tout le monde t’aime, personne ne te critiquera, alors viens et nous te donnerons le bay’a, l’allégeance.  

On proposa donc à ibn ‘Omar le califat sur un plateau d’argent. Mais ce dernier répondit : « Je jure par Allah, pas une seule goutte de sang ne sera répandue par moi ni pour moi ni à cause de moi, aussi longtemps que je vivrai. » 

Pour bien comprendre ses propos, il faut se remettre dans le contexte : on était en pleine guerre civile et les troubles n’étaient pas encore près de s’éteindre. Et le bain de sang continua encore des années. C’est cela que redoutait ibn ‘Omar, et il ne voulait pas être impliqué dans la mort d’autres hommes. Il avait peur de cela car il devrait en répondre devant Allah. 

Les propos durs d’ibn ʿOmar envers les prétendants au califat

L’imam Adh-Dhahabi, le célèbre savant du hadith et de l’exégèse coranique, a dit : « S’il avait accepté cette charge à ce moment-là, personne n’aurait pu objecter quoi que ce soit sur le fait qu’il devienne calife« . Personne n’était plus neutre que lui, mais ibnʿOmar savait que même s’il prenait la fonction, les effusions de sang ne s’arrêteraient pas. Des critiques viendraient fatalement, qui conduiraient à de nouveaux conflits. Il resta donc neutre et donna une parabole : « Notre situation est comme celle d’un groupe en voyage, une tempête de sable les atteint alors et ils ne peuvent plus rien voir. Certains vont à droite, d’autres à gauche, et ils se perdent. Mais nous, nous sommes restés où nous étions, jusqu’à ce qu’Allah lève la tempête de sable. » Ibn ʿOmar ajoute : « Ces deux camps sont représentés par les jeunes garçons [ghilmân] des Qoraïch – notons que ‘Ali et Mou’awiya ne faisaient pas partie des compagnons les plus âgés – et à présent ils se battent pour le pouvoir et la dounya (c’est-à-dire la vie terrestre). Et tout ce pour quoi ils se battent ne valent, pour moi, pas plus que les sandales que je porte. » 

Mouʿawiya tente plus tard de soudoyer ibn ʿOmar

C’est ainsi que ibn ‘Omar jugeait la situation, et son opinion était assez dure, surtout par rapport à ‘Ali. Toutefois, même s’il n’avait pas choisi de camp, ce compagnon n’hésitait pas à dire la vérité et chacun des deux camps a pu être agacé par ses propos. Plus tard, durant le califat de Mouʿawiya, ibn ʿOmar n’apporta pas son soutien au calife, et Mou’awiya en fut courroucé. Il avait consenti à son autorité mais ne lui a pas apporté d’approbation particulière, et tout le monde l’avait perçu. Il y avait donc des tensions entre les deux hommes. Alors, un jour, Mouʿawiya offrit à ibn ʿOmar 100 000 dirhams, une fortune. Quelques jours plus tard, un ordre vient de la part du calife, qui dit : « Tu dois donner ton serment d’allégeance [bay’a] à mon fils Yazid« . Alors, ibn ʿOmar renvoya immédiatement le « cadeau » de Mou’awiya et dit, en substance : « Tu penses vraiment que ma religion est si dérisoire à mes yeux, pour que je puisse la vendre à 100 000 dirhams ? » 

Ibn ‘Omar pendant la deuxième fitnah

Plus tard, lorsque le califat revint à Yazid, ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr, le petit-fils d’Abou Bakr, fils de Asma, neveu de ‘Aichah, se souleva et se revendiqua lui aussi calife, ce qui provoqua la deuxième fitnah (en 680). Il y eut alors une insurrection, en ce début de l’ère omeyyade. Pendant une certaine période, le califat de ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr, basé à la Mecque, était plus grand et plus puissant que celui de Yazid, basé à Damas. Mais le califat des omeyyades put compter sur un chef de guerre implacable et sanguinaire, il s’agit de Al-Hadjâdj ibn Yoûssouf Ath-Thaqafî. C’est ce triste personnage qui fit la sale besogne pour le califat omeyyade.

‘Abdallah ibn ‘Omar a alors dit : « Je ne participerai pas à cette fitnah, et quiconque gagnera, je prierai derrière lui. » Et il ajouta : « Pendant cette période de fitnah, quiconque sera le dirigeant sera aussi l’imam et celui qui collecte la zakâh« . 

Ayez bien en tête qu’à l’époque, et jusqu’au califat abbasside (c’est-à-dire vers 750), le dirigeant, qu’il s’agisse du califat, du gouverneur, était aussi le dirigeant religieux, en ce sens qu’il prononçait khotba, dirigeait la prière et autres, et bien sûr, c’est lui qui collectait la zakah. Ainsi, c’est le dirigeant politique allait diriger la prière du vendredi dans la mosquée principale. Le calife, lui, prononçait la khotba dans la capitale. Cette coutume a été abolie par les Abbassides, et aujourd’hui c’est une chose appréciable car on imagine mal certains dirigeants faire le sermon du vendredi…

Mentionnons aussi que les Omeyyades ont beaucoup de choses négatives à leur actif, mais ont aussi apporté des changements positifs. Toutefois, ibn Taymiyyah offre une réflexion intéressante. Il dit en substance : « Le négatif des Omeyyades, le sang sur leurs mains, la fitnah qu’ils ont causée, n’est pas bien pire que ce que les générations suivantes firent. Mais le problème est qu’ils ont causé ces choses terribles à la meilleure des générations. » En effet, en termes de tueries et de massacres, les Omeyyades ne sont pas vraiment pires que d’autres dynasties. Mais contre qui s’est battu les Omeyyades ? Contre ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr, par exemple. Et qui ont-ils tué ? Les sahabas et les grands tâbi’ounes. Le fait qu’ils aient combattu ces personnes très nobles rend les actes des Omeyyades très sombres et mauvais. 

Ibn Taymiyyah continue et estime que le mal des dirigeants est comme les montagnes, mais le bien qu’ils ont apporté est semblable. Le pouvoir peut ainsi multiplier les occasions du mal mais aussi du bien, et c’est une lourde responsabilité. Ainsi, une simple mesure politique peut avoir un effet considérable sur la société toute entière. 

Par ailleurs, il faut bien se rendre compte que les grandes conquêtes iedfff8slamiques se sont déroulées durant ce califat. Ce sont les Omeyyades qui ont repoussé leedfff8s limites du territoire jusqu’au Hind, à l’Afghanistan et au Pakistan, et de l’autre côté jusqu’en Afrique du nord. L’Andalousie fut également prise durant ce califat. D’autres califats ont capturé des territoires à la marge, comme les Ottomans qui ont pris la Bosnie, une partie de la Yougoslavie et de l’Europe de l’est, mais ce sont surtout les Omeyyades qui ont sculpté le monde musulman tel que nous le connaissons aujourd’hui ! 

Notons qu’il existait des tensions entre ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr et ibn ‘Omar, car ce dernier désapprouvait la scission de ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr avec les Omeyyades, même s’il appréciait ce compagnon. Et ce, alors même qu’il vivait sous l’autorité d’ibn Az-Zoubeyr, au Hidjaz, entre Médine et la Mecque. Donc aucun des deux califes auto-proclamés n’était satisfait de la position neutre d’ibn ‘Omar, et ce dernier était dans une situation assez inconfortable.

Quoi qu’il en soit, Al-Hadjadj ibn Youssouf prit les armes contre ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr et fut victorieux, après de grandes violences et injustices commises contre les habitants du Hidjaz. Ainsi, ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr, petit-fils d’Abou Bakr rappelons-le, sera exécuté par Al-Hadjadj ibn Youssouf à la Mecque et sera suspendu à un poteau devant la Ka’aba, pendant 3 jours. Ainsi, les gens faisaient les tours rituels autour de la Ka’aba et pouvaient voir le corps de ce grand compagnon exposé en public. D’ailleurs, Asma bint Abou Bakr, la mère de ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr était vivante à ce moment et très âgée (plus de 90 ans). On peut imaginer sa douleur suite à ce triste événement. D’ailleurs Al-Hadjadj vint lui rendre visite, et elle lui tint des propos très durs, car elle était consciente de tout ce qui s’était passé et lui en voulait beaucoup. 

L’éloge d’Ibn ‘Omar devant le corps du compagnon ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr

Dans le sahih Mouslim, on lit qu’ibn ‘Omar, alors âgé d’environ 81 ou 82 ans lorsque l’événement se produisit, fut conduit par son élève Nafi’ jusqu’au corps du petit-fils d’Abou Bakr, à savoir ‘Abdallah ibn Az-Zoubeyr. Ibn ‘Omar fut alors très ému en le voyant. Même s’ils n’étaient pas d’accord politiquement, ils étaient proches d’un point de vue religieux et avaient les mêmes valeurs, contrairement au camp adverse. Ibn ‘Omar dit : « Ya Aba Koubeyb ! (c’était la kounia de ce compagnon) Ne t’avais-je pas dit, par Allah, que tu ne devais pas faire ça ? » (et il le répéta 3 fois). Puis il continue : « puisque c’est ainsi, j’atteste devant Allah que, autant que je sache, tu étais « sawwaman qawwaman » (c’est-à-dire quelqu’un jeûnait et priait beaucoup), et tu étais bon avec tes proches. » Il ajoute : « Par Allah, une nation au sein de laquelle tu serais le pire, ce serait vraiment une nation bénie« .

Ibn ‘Omar devint alors le plus âgé des compagnons, sous la gouvernance de Hadjadj. Et ce n’était pas quelque chose d’agréable à vivre. Ibn ‘Omar ne pouvait pas rester silencieux. Plusieurs fois, ibn ‘Omar, très âgé et soutenu par ses serviteurs, prit la parole pour critiquer Al-Hadjadj. De telle sorte qu’Al-Hadjadj fut très agacé et menaça même de le punir ou de le tuer. 

On a un hadith mentionné dans beaucoup de livres de la sounnah, qui relate une prise de parole d’Al-Hadjadj durant le sermon du ‘id. Et comme beaucoup de dirigeants, il aimait parler, notamment de lui-même, et cela retardait le moment de la prière. Alors ibn ‘Omar se leva dans l’audience et dit : « Ya foulane ! (qu’on pourrait traduire aujourd’hui par : « Hé toi ! » Ici, ibn ‘Omar ne lui témoigne pas le respect habituel lié à sa fonction). As salah ! (la prière !) ». Al-Hadjadj ignore alors ibn ‘Omar. Ce dernier se lève alors une nouvelle fois et répète : « Ya foulane ! As salah ! » et le calife l’ignora de nouveau. Il répéta ça encore une troisième fois, puis une quatrième fois, ibn ‘Omar dit : « Je vais prier » et il dit à l’audience : « Est-ce que vous allez prier derrière moi ? » Tout le monde s’est alors levé pour prier derrière ibn ‘Omar, le jour du ‘Id. 
Lorsque Hadjadj constata que personne ne lui prêtait attention et que les gens allaient prier derrière ibn ‘Omar, il termina son sermon et se précipita en bas du minbar pour diriger la prière. 

Après la prière, Al-Hadjadj interpella ibn ‘Omar et lui dit : « Comment tu oses faire ça ? » ibn ‘Omar répondit simplement : « Nous sommes venus pour prier. Et lorsque le temps de la prière arrive, dirige la prière » et il ajouta : « baq biq kama ta cha« . C’est ici une expression issue de l’arabe littéraire, mais elle est oubliée aujourd’hui. De façon étonnante, ce terme « bakbak » est aujourd’hui utilisé en ourdou, au Pakistan (ils n’utilisent plus le qaf dans leur langue). En fait, ibn ‘Omar a dit à Al-Hadjadj : « Une fois qu’on a prié, bavarde autant que tu veux« 

Ces paroles étaient assez provocatrices. Tout cela nous montre qu’il n’était pas un lâche et osait braver l’autorité.

La mise à l’épreuve des Omeyyades

Durant cette même période, sans qu’on ne sache exactement quand mais probablement sous le califat de Yazid, les Omeyyades voulaient mettre à l’épreuve ibn ‘Omar. En fait, ils étaient préoccupés car ils craignaient une nouvelle insurrection. Et pour eux, ibn ‘Omar représentait une des plus grandes menaces. Ils ont donc envoyé ‘Amr ibn Al-As auprès de lui pour le « tester ». Notons que ‘Amr était un grand soutien de Mou’awiya. 

Ainsi, ‘Amr dit un jour à ibn ‘Omar : « Pourquoi tu ne te portes pas candidat au pouvoir, les gens te porteront allégeance ! Tu es un compagnon, tu es le fils de l’émir des croyants… Qui a plus de mérite que toi ? » Evidemment, c’était ici un piège, un moyen pour ‘Amr de savoir si ibn ‘Omar avait des aspirations politiques. 

Ibn ‘Omar reste neutre et ne s’engage pas en politique

Ibn ‘Omar répondit : « Wallahi, si toute l’humanité avait disparu et qu’il ne restait plus que 3 personnes, je ne voudrais pas être leur commandant. » ‘Amr était très heureux d’entendre cela. Il répondit : « D’accord, alhamdoulillah, dans ce cas, pourquoi n’apportes-tu pas ton soutien à celui sur lequel les gens se mis d’accord, excepté un petit groupe ? Si tu le fais, on s’occupera bien de toi et de ta famille, et on te donnera de larges terrains« . C’est une manœuvre purement politique ici. Ibn ‘Omar se mit en colère et lui dit : « Ouffi-l-lak !« , « Sors de ma maison et ne reviens pas ! Tu penses que ma religion sera vendue avec ton or et ton argent ? Je veux quitter ce monde avec les mains pures. » (En ce sens qu’il voulait quitter le monde terrestre sans être coupable de corruption). 

Des rumeurs font état d’un désir de vengeance de la part du calife, mais on lui dit qu’il serait impossible de le punir physiquement car les gens le protégeraient. 

On voit donc qu’Ibn ‘Omar est resté neutre du début à la fin. 

Ibn ‘Omar suivait scrupuleusement les pratiques du prophète 

Notons qu’outre sa piété et ses bonnes manières, ibn ‘Omar est connu pour une chose en particulier : il suivait de façon rigoureuse les coutumes, les habitudes et les manières du prophète ﷺ, jusqu’au moindre détail. Aucun sahabi n’a imité le prophète ﷺ de façon aussi dévouée que ibn ‘Omar, même dans les choses où on n’avait pas besoin de le copier. Ainsi, lorsqu’il allait de la Mecque à Médine, il prenait le même chemin que le prophète ﷺ, quand bien même une autre route était communément arpentée. Il avait aussi teint ses cheveux avec une certaine couleur qui n’était plus à la mode, simplement parce que le prophète ﷺ les teignait de cette manière. De plus, il ne portait pas l’équivalent de la ceinture autour de la taille, car il avait vu le prophète ﷺ seulement attacher son vêtement sans mettre de sangle. Notons que beaucoup de compagnons désapprouvaient ce degré de suivi, car certaines pratiques du prophète ﷺ n’avaient pas pour but d’être suivies, c’étaient seulement des habitudes propres à lui. Toutefois, on ne peut critiquer ibn ‘Omar pour son amour du prophète ﷺ ! 

Ainsi, parmi tous les sahabas, il est connu pour ce suivi rigoureux des habitudes du prophète ﷺ. ‘A’ichah elle-même dit : « Personne ne suit mieux les pas du prophète ﷺ qu’ibn ‘Omar« , et cette expression est valable au sens propre comme au sens figuré. 

Ibn ‘Omar est aussi connu pour son ascétisme, comme ce fut le cas pour les autres ‘Abadila. Toutefois, ibn ‘Omar était le plus frugal dans son mode de vie, avec ‘Abdallah ibn ‘Amr ibn Al-As. D’ailleurs on observe une grande différence entre ce dernier et son père, ‘Amr ibn Al-As, qui s’était au contraire engagé en politique aux côtés de Mou’awiya. 

Ceci était vraiment un choix, car en tant que converti à l’islam de longue date, ibn ‘Omar avait droit à une pension élevée de la part du Trésor public (Bayt-al-Mal). En effet, si on se souvient bien, Abou Bakr a institué une pension fixe à ceux qui ont lutté pour la cause de l’islam, puis ‘Omar a modulé cette pension en fonction du mérite de chacun. Ainsi, ceux qui étaient devenus musulmans tôt, avaient droit à une somme d’argent plus élevée que ceux devenus musulmans plus tard, par exemple juste avant la conquête de la Mecque.

Étant donné qu’ibn ‘Omar est un mouhadjir, un exilé, il avait le droit à une pension élevée. En outre, à l’époque des Omeyyades, c’était l’un des derniers à bénéficier de ce revenu.

Pourtant, on le voyait au marché acheter les aliments les plus simples, les restes de pain de la veille de basse qualité. On l’interrogeait à ce propos, et il disait : « Tout l’argent a été donné« . 

Une personne raconte même, d’après ibn Sa’ad qui le rapporte, le lendemain du jour de sa paye, ibn ‘Omar achetait ce pain. La femme d’ibn ‘Omar précisait que durant la nuit, il distribuait cet argent aux pauvres.

Un cadeau rendu

Une fois, une délégation vient auprès de lui pour suivre ses enseignements, et une personne du groupe lui apporta un beau vêtement du Khorassan (de la Perse). Il n’avait jamais rien vu de tel. Il le toucha et demanda : « C’est de la soie ? » On lui répondit par la négative, en précisant qu’il s’agissait de quelque chose appelé « qoutoun » (c’est-à-dire le coton). Ibn ‘Omar continua à palper le vêtement puis dit : « Je ne peux pas prendre cet habit, parce que j’ai peur de me sentir fier et arrogant en le portant, et Allah n’aime pas les arrogants. » 

Une autre fois, un de ses étudiants apporta une jarre avec des produits médicinaux, en provenance d’un médecin d’Iraq. Il précisa à ibn ‘Omar qu’il pourrait en prendre chaque fois qu’il aurait une indigestion, car cela pouvait l’aider en cas de repas lourd. Il répondit « Cela fait 40 ans que je n’ai jamais mangé une seule fois jusqu’à pleine satiété. » 

Un autre étudiant assez célèbre, Maimoûn ibn Mahrân [ميمون بن مهران], rapporte : « Un jour, j’ai observé a maison d’ibn ‘Omar, et j’ai estimé que tout ce qu’il possédait n’excédaient pas l’équivalent de 100 dirhams » (et un dirham équivalait à environ 5 euros, donc tout ce qu’il avait équivalait à environ 500 euros). Ibn ‘Omar précisait d’ailleurs à ses étudiants que depuis l’arrivée du prophète ﷺ, il n’a jamais posé une brique sur l’autre pour construire un bâtiment, et n’a jamais planté aucune graine dans un jardin. Il n’était donc ni fermier, ni constructeur, même s’il faisait un peu de commerce pour s’assurer le minimum.  

Une autre personne parmi les successeurs dit : « Il n’y a pas personne restant dans ce monde qui n’ait été touchée par la fitna (la tentation) d’une façon ou d’une autre, si ce n’est ibn ‘Omar« . 

Des paroles à méditer d’ibn Omar

La rencontre avec un Yéménite : une leçon sur le statut de la mère

Un ouvrage d’Al-Boukhari, « al-Adab al-Mufrad », rapporte qu’un homme du Yémen portait sa mère sur son dos et faisait la circumambulation autour de la Ka’ba et chantonnait joyeusement : « Je suis pour elle un chameau humble, si sa monture est effrayée, moi je ne le suis pas. » [إِنِّي لَهَا بَعِيرُهَا الْمُذَلَّلُ إِنْ أُذْعِرَتْ رِكَابُهَا لَمْ أُذْعَرِ]

Il passa alors près de ‘Abdallah ibn ‘Omar, il lui demanda s’il s’était acquitté ainsi de ses devoirs, de sa dette (vis-à-vis de sa mère).

Abdallah ibn Omar lui dit : « Par Allah ! Tu ne t’es même pas acquitté d’un seul cri que ta mère a poussé le jour où elle t’a mis au monde. Néanmoins tu fais un bien, et par le peu que tu fais, Allah t’en récompense beaucoup.»

Les larmes à l’égard d’Allah

Ibn ‘Omar dit un jour : « Une larme que je verse à l’égard d’Allah m’est préférable à 1 000 pièces d’or que je dépense au nom d’Allah. » C’est une phrase très profonde, et on peut méditer dessus. En effet, nous donnons de l’argent, cela reste un acte relativement facile, mais quand est-ce que nous avons pour la dernière fois versé une larme par égard à notre Créateur ? 

La vraie foi

Il dit une autre fois : « Personne n’atteindra l’essence de la foi tant qu’il n’aura pas la conviction profonde [Al-Yaqîn] qu’Allah le voit, et pour cette raison, il délaisse le péché afin de ne pas être embarrassé par ces péchés lors du jour du Jugement. » Si le musulman a en effet cette croyance, il fera tout pour abandonner les péchés qui pourraient lui causer du tort, lorsque ses actions seront exposés devant tout le monde. 

Une autre personne de l’époque note : « À l’époque de ‘Omar, il n’y avait personne de comparable à ‘Omar. Et à l’époque d’ibn ‘Omar, il n’y avait personne de comparable à ibn ‘Omar. » Effectivement, le père et le fils étaient tous deux des hommes exceptionnels. 

Les derniers jours d’ibn ‘Omar

Ibn ‘Omar décéda en l’an 73 de l’Hégire à la Mecque, juste après avoir fait le pélerinage. Même s’il mourut à un âge avancé, puisqu’il avait 83 ans, ce qui causa sa mort fut une blessure. En effet, pendant le hadj, une arme d’un des soldats de Hadjadj ibn Youssouf blessa ibn ‘Omar (sans doute au pied). Ce n’était visiblement pas intentionnel, car il y avait un effet de foule autour de la Ka’aba. Ibn ‘Omar avait une plaie ouverte et il perdait du sang, et la blessure ne cicatrisait pas. On comprit que ses derniers instants étaient venus. Hadjadj vint alors lui rendre visite sur son lit de mort, et lui dit : « Qui a osé faire ça à toi ?! Dis-moi son nom et je régler son compte à ce soldat« . Ibn ‘Omar répondit « C’est toi qui as fait ça. » Hadjadj fut stupéfait et lui dit : « Quoi ? Moi ? » et le fils de ‘Omar dit : « Tu es celui qui a autorisé, pour la première fois, le port des armes dans l’enceinte du haram« . Et ceci est bien vrai, car c’est Hadjadj qui a causé cet état de fait, sachant que traditionnellement, la zone autour de la Ka’aba est un espace sacré. Ainsi, d’après les savants, on n’a pas le droit de porter des armes autour de la Ka’aba, si ce n’est pour défendre la zone en elle-même.

Ibn ‘Omar, avant de mourir, aurait prononcé ces mots : « J’ai prêté allégeance au messager d’Allah ﷺ et depuis je n’ai pas trahi. Je n’ai pas prêté allégeance à un partisan de sédition et je n’ai pas réveillé un croyant de son sommeil. »

Il aurait aussi dit : « Je regretterai seulement trois choses de cette dounya (de ce monde terrestre) : la soif qu’on ressent pendant le jour (il parle ici du jeûne), le combat qu’on fait pendant la nuit (il évoque ici la prière de nuit) et le fait que je n’aie pas été parmi ceux qui ont combattu contre *ce* groupe » (c’est-à-dire le groupe de Hadjadj)« . On comprendre donc qu’il avait une pointe de regret de ne pas s’être engagé davantage contre les dirigeants injustes.

On conclura avec un fait important : ibn ‘Omar fait partie des plus grands narrateurs de ahadith. C’est le deuxième après Abou Houreyrah. C’est donc celui qui resta le plus de temps avec le prophète ﷺ ET qui rapporte le plus de paroles prophétiques, sachant qu’Abou Houreyrah n’est resté qu’environ 2 ans en compagnie du messager d’Allah ﷺ. Ainsi, ibn ‘Omar rapporte environ 2 630 ahadith, à peu près moitié moins qu’Abou Houreyrah, et ils abordent énormément de sujets. D’ailleurs, le sahih d’Al-Boukhari contient plus de 180 ahadith d’ibn ‘Omar. La raison de cette place importante tient au fait qu’il a accompagné le prophète ﷺ depuis sa naissance, qu’il était présent à toutes les batailles et qu’il vivait en compagnie de sahabas toute sa vie. En outre, il était apolitique et ne dépensait donc pas son temps dans les affaires publiques, mais le consacrait davantage au savoir et à l’apprentissage. Il vécut enfin une longue vie et décéda à un âge avancé, 62 ans après le prophète ﷺ (c’est vraiment le temps d’une vie entière). C’était ainsi l’un des derniers grands compagnons à mourir. Il avait aussi des dizaines d’étudiants qui ont appris de lui, et l’un de ses propres enfants, Sâlim ibn ‘Abdillah ibn ‘Omar, fut un grand rapporteur de ahadith et jurisconsulte de Médine. De même, un de ses mawla, Nafi’, devint lui aussi un grand savant. 

Sâlim et Nafi’ furent ainsi les plus grands narrateurs de paroles prophétiques et parmi les meilleurs enseignants de leur époque. 

Qu’Allah agrée le noble compagnon ibn ‘Omar ainsi que son père et sa famille, et qu’Il nous permette d’être en leur compagnie dans la vie future. 

5 réponses

  1. fateh dit :

    merci pour ces information très utiles

  2. staps dit :

    merci pour ces information très utiles

  3. fateh dit :

    Merci pour tout ce partage

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *