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Le défi coranique [At-tahad-dî fi-l-qour’an : التحدي في القرآن‎]

Le défi coranique [At-tahad-dî fi-l-qour’an : التحدي في القرآن‎]

Dès le début de son prêche, le prophète Mouhammad a été accusé d’imposteur, de magicien et de possédé. Certains, le voyant réciter les sourates envoûtantes du Coran, prétendaient qu’il était un poète et non un authentique messager d’Allah .

Des accusations d’imposture balayées par le Coran

Cette accusation est récusée à plusieurs reprises dans le Coran :

« Nous ne lui avons pas enseigné la poésie ; cela ne lui convient pas. Ceci n’est qu’un rappel et un Coran clair. »

Coran, sourate 36, « Yā-Sīn », verset 69

« En vérité, c’est la parole d’un noble apôtre. Ce n’est pas la parole d’un poète. Pourtant, vous n’êtes que très peu à y croire. »

Coran, sourate 69, « Al-Haqqah » (l’Inéluctable), versets 40-41

Au-delà de ces affirmations, le texte coranique va plus loin : plusieurs défis sont lancés aux dénégateurs. C’est ce qu’on appelle le défi coranique, appelé en arabe التحدي في القرآن‎ (At-tahad-dī fi-l-Qur’an).

Le défi coranique adressé aux hommes et aux djinns

Ce défi fut posé de façon graduelle :

1) D’abord, une proclamation générale est faite :

Dis : « Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s’ils se soutenaient les uns les autres. »

Coran, sourate 17, « Al-Issrā’ » (Le Voyage nocturne), verset 88

2) Puis, il est proposé aux négateurs d’écrire dix sourates semblables à celles du Coran : 

« Ou bien ils disent : “Il l’a forgé [le Coran]” – Dis : “Apportez donc dix sourates semblables à ceci, forgées (par vous). Et appelez qui vous pourrez (pour vous aider), hormis Allah, si vous êtes véridiques.” »

Coran, sourate 11, « Houd », verset 13

3) Par la suite, l’exigence est diminuée et ramenée à une seule sourate :

« Ou bien ils disent: “Il (Mouhammad) l’a inventé !” Dis : “Composez donc une sourate semblable à ceci, et appelez à votre aide n’importe qui vous pourrez, en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques.” »

Coran, sourate 10, « Yoūnous » (Jonas), verset 38

Dans un autre verset, qui apparaît très tôt dans le Coran, ce défi est présenté comme insurmontable : « à coup sûr », personne ne parviendra à réussir cette épreuve. En outre, un avertissement sévère est lancé contre ceux qui prétendraient rivaliser avec les sourates du Coran :

« Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques. Si vous n’y parvenez pas, et à coup sûr vous n’y parviendrez jamais, parez-vous donc contre le feu qu’alimenteront les hommes et les pierres, lequel est réservé aux négateurs (mécréants). »

Coran, sourate 2, « Al-Baqarah » (La Vache), versets 23-24


Nous pouvons ici faire deux remarques :

1) Ce défi n’a pas été surmonté

Des hommes tentèrent de relever le défi lancé par le Coran. Quelques exemples ont subsisté jusqu’à nous. Certains essayèrent puis renoncèrent : on peut penser à Ibn al-Mouqaffa’ ou Yahya Ibn Al-Hakam al-Ghazal. D’autres, plus hardis, écrivirent des « versets » laissés à la postérité. On peut penser au tristement célèbre Moussaylimah. Ce dernier, surnommé Al-Kaz-zab (le menteur), , avait demandé à Mouhammad ﷺ qu’il lui cède la moitié du pouvoir sur terre car d’après lui, il était également messager d’Allah.

Pour prouver son dire, Moussaylimah composa plusieurs fausses sourates, souvent des imitations de réels passages du Coran. Ainsi en est-il pour ce pastiche de la sourate 105, « Al-Fil » (l’Éléphant).

Voici la sourate originale :

Et voilà le pastiche :

Au-delà d’être une pâle imitation du style coranique [1], le texte de Moussaylimah est particulièrement creux. On est loin de la sourate originale de l’Éléphant, qui relate l’invasion de la Mecque par les soldats d’Abraha, puis leur anéantissement sur ordre d’Allah.

Une autre tentative est citée dans l’exégèse de la 103ème sourate « Al-‘Asr » (Le temps).

Un jour, ‘Amr ibn Al-‘As vint voir Moussaylimah. Ce dernier lui demanda si quelque chose avait été révélé récemment à son compagnon (Mouhammad ﷺ) de la Mecque. ‘Amr lui répondit par la positive : une nouvelle sourate courte mais éloquente venait d’être révélée ! Et il récita la sourate en question :

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«  Par le Temps ! L’homme est certes en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance. »

Sur ce, Moussaylimah réfléchit et dit : « Eh bien, quelque chose de similaire m’a été révélé ». ‘Amr lui demanda : « Qu’est-ce donc ? » et il répondit :

« Wabr [2]… Ô Wabr ! Vraiment, tu n’as que deux oreilles et un tronc, le reste de toi creuse et fore ».

[وبر يا وبر ،إنما أنت إيراد و صدر ،و سائرك حفر نقر]

Moussaylimah reprit : « Qu’en penses-tu, ‘Amr ? » et l’autre répondit : « Par Allah ! Vraiment, tu sais que je sais que tu mens. »

Aujourd’hui encore, des tentatives sont menées pour égaler le style et le contenu du Coran. On peut penser au site internet « Sura Like It » (aujourd’hui disparu), où des essais de « sourates » ont été publiés. Un exemple est la pseudo-sourate « Al-Iman » (La Foi). Celle-ci, qu’on peut encore trouver, s’avère effectivement éloquente. Toutefois, après examen minutieux (voir cet article en anglais pour plus de détails), on observe des faiblesses : usage de mots inadaptés (le mot « vent » utilisé a une connotation négative, alors que le contexte est positif), lourdeurs (il est possible de synthétiser des passages) et copie flagrante du style du Coran (avec l’emprunt de certaines de ses expressions).

Ces tentatives sont généralement des copies maladroites du style coranique.

En définitive, nous n’avons toujours pas de texte humain à la hauteur du Coran.

2) Le défi va contre la logique humaine

Mettons de côté la difficulté du défi soumis aux hommes, et intéressons-nous à la présentation de celui-ci. On peut raisonnablement se poser la question suivante : est-ce un comportement humain de provoquer ainsi son audience ?

Imaginez : vous passez un examen important, et à la fin de celui-ci, vous écrivez à l’attention de l’examinateur : « Mon examen est parfait. Il ne comporte aucune erreur. Essayez d’en trouver une ! Vous n’y arriverez jamais ! »… Personne n’aurait l’audace d’affirmer une telle chose, surtout que réaliser un examen parfait est extrêmement difficile.

Si un homme écrivait un livre de son propre fait qu’il prétendrait recevoir de Dieu, sans doute n’oserait-il pas présenter son livre comme parfait, de peur que des gens ne s’y attaquent et y trouvent des failles. On pourrait toutefois objecter ceci : peut-être qu’une telle personne ferait exprès de dire ceci, dans le but d’attirer l’attention ou d’impressionner son audience. Mais dans ce cas, on trouverait fatalement des erreurs et/ou incohérences dans le texte, car on ne peut réaliser de travail de grande ampleur à la perfection : des maladresses de style et de contenu sont inévitables pour un ouvrage aussi massif que le Coran.

Autre possibilité : l’auteur pourrait être une personne un peu dérangée. Ainsi, Mouhammad ﷺ a été traité d’insensé, de son vivant. Mais dans le cas d’un fou, on s’attendrait à un texte mystique et difficilement compréhensible. Il pourrait aussi s’agir d’un écrit vague, assez flou pour dissimuler sa fragilité. Or, le Coran est loin d’être évasif et se montre au contraire très direct et synthétique.

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« Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient certes beaucoup de contradictions ! [3] »

Coran, sourate 4, « An-Nissā » (Les femmes), verset 82

Le texte coranique d’environ 600 pages se révèle ainsi d’une grande beauté et reste facilement compréhensible. Il est tellement élaboré qu’il reste, aujourd’hui encore, la référence en langue arabe. Le « défi coranique » plaide donc en faveur d’un Coran révélé et non conçu par l’homme.


[1] L’expression « Et qui te dira… ? » [Wa maa adraaka :وَمَآ أَدْرَىٰكَ] se retrouve dans plusieurs sourates, comme la sourate 69 (Al-Haqqah) ou la sourate 104 (Al-Humazah).

[2] Le « Wabr » (terme arabe) désigne le hyrax ou daman, c’est-à-dire un petit rongeur du désert.

[3] Notons que le mot « contradictions » [ikhtilafā : ٱخْتِلَٰفًا] n’apparaît qu’une seule fois dans le Coran. Le verset est juste dans le fond comme dans la forme, car on ne trouve pas « beaucoup de » fois le mot « contradictions » [ٱخْتِلَٰفًۭا كَثِيرًۭا] dans le Coran, mais une seule fois.

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