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L’adresse de Moūssā (Moïse) et de ‘Īssā (Jésus) aux Israélites

L’adresse de Moūssā (Moïse) et de ‘Īssā (Jésus) aux Israélites

« Et quand Moūssā dit à son peuple : “Ô mon peuple ! Pourquoi me faites-vous de la peine, alors que vous savez que je suis le messager d’Allah à vous ?” Puis lorsqu’ils dévièrent, Allah fit dévier leurs cœurs ; Allah ne guide point les gens pervers. Et quand ‛Īssā, fils de Maryam, dit : “Ô fils d’Israël, je suis le messager d’Allah à vous, confirmant ce qui est venu avec moi dans la Tawrāh (Torah), et annonciateur de la venue, après moi, d’un messager du nom d’Ahmad.” Mais quand celui-ci leur vint avec des preuves, ils dirent : “Ceci est de la magie manifeste !” »

Coran, sourate 61, « As-Saffi » (Le rang), versets 5-6

Les prophètes Moūssā (Moïse) et ‛Īssā (Jésus) ont été envoyés aux descendants du prophète Ya‛qoūb (Jacob), les Israélites.

La sourate 61 relate la discussion des deux prophètes avec le peuple israélite, à des centaines d’années d’intervalle.

Au verset 5, le dialogue de Moūssā aux Israélites est introduit comme suit : « Quand Moūssā dit « à son peuple » [liqawmihi :لِقَوْمِهِ] : “Ô mon peuple ! [yā qawmi :يَا قَوْمِ]” ». Le mot «  » est souvent utilisé en arabe pour attirer l’attention de quelqu’un. Le suffixe « -i », dans « qawmi », indique l’appartenance (première personne du singulier), ici : « mon peuple ».

L’interpellation de Moūssā « Ô mon peuple » implique qu’il fait lui-même partie du peuple israélite. Cela est juste, puisque son père en est issu : il s’agirait de ‛Amrâm, de la tribu des Lévi.

‘Issā ne dit jamais “Ô mon peuple”, mais “Ô fils d’Israël”

Ce passage diffère du verset 6, puisque le dialogue de ‛Īssā aux Israélites est introduit comme suit : « Quand ‛Īssā, fils de Maryam, dit : “Ô fils d’Israël” [yā banī Isrā’īla : يَا بَنِي إِسْرَاءِيلَ] »

À la différence de Moūssā, ‛Īssā n’a pas dit « Ô mon peuple », mais « fils d’Israël ».
Pourquoi donc ? Cette précision est importante : ‛Īssā ne peut pas dire « Ô mon peuple » car il n’a jamais eu de père : sa naissance est miraculeuse, sa mère Maryam (Marie) l’ayant enfanté en restant vierge. Il y aurait donc eu une erreur si les mots « Ô mon peuple » avaient été attribués à ‛Īssā, puisque dans la tradition sémitique, comme dans la plupart des sociétés, l’appartenance à une nation est conditionnée par le lien paternel (même si chez les juifs, la judéité se transmet par la mère).

On retrouve l’expression « fils d’Israël », dans d’autres passages du Coran relatifs à ‛Īssā :

  • Sourate 5, verset 110, Allah parle à ‛Īssā : « Je te protégeais contre les fils Israël pendant que tu leur apportais les preuves. » Si les mots « ton peuple » ou « ta nation » avaient été utilisés, à la place de « fils d’Israël », il y aurait eu une contradiction ;
  • Sourate 43, verset 59 : « Il (‛Īssā) n´était qu´un Serviteur que Nous avions comblé de bienfaits et que Nous avions désigné en exemple aux fils d´Israël. ». Si les mots « à son peuple » ou « à sa nation » avaient été utilisés, il y aurait également eu un problème de cohérence.

Le Coran pose comme principe l’absence de paternité de ‛Īssā, et le confirme implicitement en déniant, du début à la fin, toute appartenance de ‛Īssā au peuple Israélite.

Moussa s’adresse aux Israélites en disant “Ô mon peuple”

À l’inverse, Moūssā s’adresse directement à son peuple dans de nombreux passages du Coran :

  • Sourate 2, verset 54 ;
  • Sourate 5, versets 20 et 21 ;
  • Sourate 7, verset 142 ;
  • Sourate 10, verset 84 ;
  • Sourate 20, verset 86 ;
  • Sourate 5, verset 61.

Notons qu’il est de coutume qu’un prophète s’adresse à son peuple avec les mots « Ô mon peuple » [yā qawmi :يَا قَوْمِ], instaurant de ce fait un lien de proximité. En témoignent de nombreux passages du Coran, où les exhortations de différents prophètes sont mentionnées, comprenant cette interpellation (voir notamment la sourate 11 « Hoūd » et la sourate 29 « Al-‛Ankaboūt »). Pourtant, pas une seule fois le prophète ‛Īssā n’utilise ladite expression.

Autre détail intéressant : les deux versets précités parlent de trois « messagers » ; Moūssā, ‛Īssā et « Ahmad » (désignant Mouhammad – paix et bénédiction sur lui) sont en effet évoqués sous l’appellation de « rassoūl » [رَسُولُ]. Ce terme (présent trois fois dans les versets précités) désigne un prophète venant avec des prescriptions nouvelles, à la différence du « nabī » [نبی] suscité avant tout pour appeler son peuple à l’adoration d’Allah l’unique, sans toutefois établir de législation novatrice.

La tradition islamique rapporte que 124 000 prophètes auraient été envoyés par Allah, mais que seuls 315 (ou 313) d’entre eux seraient des messagers [1]. Or, Moūssā, ‛Īssā et Mouhammad sont tous trois d’authentiques messagers, puisque chacun a reçu des prescriptions à faire adopter aux destinataires du message divin (les Tables pour Moūssā, l’Evangile pour ‛Īssā, le Coran pour Mouhammad). Là encore, le Coran est très précis et la forme s’accorde parfaitement avec le fond du texte.


[1] Cette parole prophétique est jugée authentique d’après Al-Albānī ; d’autres l’ont jugée moins fiable.

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