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La vie des compagnons – Houdheyfah ibn Al Yamaan – Partie 1 : la vie de son père, Al Yamaan

La vie des compagnons – Houdheyfah ibn Al Yamaan – Partie 1 : la vie de son père, Al Yamaan

Homme avec son âne

Dans cet épisode de la vie des compagnons, nous parlons avant tout du père de Houdheyfah ibn Al Yamaan, c’est-à-dire Al Yamaan, de son vrai nom Housseyl (qu’Allah l’agrée, et agrée son fils)

La vie de Housseyl, dit « Al Yamaan »

Al Yamaan n’était pas son vrai nom, puisqu’il s’agissait d’un surnom. Son vrai nom était « Housseyl«  (avec un « ﺤ »)

Quand il était jeune homme, bien avant l’arrivée de l’islam, Housseyl était impliqué dans une querelle, et causa la mort d’un autre homme pendant celle-ci. Il dût alors fuir sa tribu. Et où les gens fuyaient à l’époque ? Ils partaient à la Mecque.

Parchemin illustré représentant la Mecque

En effet, la Mecque est un endroit sacré, et il est interdit d’y tuer quiconque (c’est ce qu’on appelle le « haram » de la Mecque. Le haram de la Mecque rend certains actes illicites, comme l’homicide). Il a parfois été dérogé à cette règle : ainsi, l’ennemi de l’islam ‘Abd Allah ibn Khattal a été tué après la conquête de la Mecque, bien qu’il s’accrocha à la kiswah [rideau] de la Ka’ba. Ceci a été justifié par la gravité de son crime : il se fit passer pour un musulman, vola l’argent de la Zakât [aumône légale] en tuant un musulman, puis retourna à la Mecque en compagnie des polythéistes. De plus, il avait possédait deux chanteuses esclaves et leur faisait écrire des satires de l’islam et des musulmans.

Mariage d’Al Yamaan – Sa vie entre la Mecque et Yathrib

Housseyl a donc été Mecquois pendant quelques temps. Il a alors épousé une femme des Aws, une des deux tribus principales de Yathrib (la ville qui deviendra Médine après l’hégire, en 622 – l’autre tribu majeure de Yathrib était la tribu des Khazradj).

De fait, il établit un foyer à Yathrib, et revenait parfois à la Mecque : il faisait la navette entre les deux villes.

N.B. : Il y a environ 340 km à vol d’oiseau qui séparent La Mecque et Médine (ex-Yathrib). Par route, cela représente environ 437 km, soit à peu près 5 heures de trajet en voiture

Carte du Hijaz

C’est à ce moment que Housseyl fut surnommé Al-Yamaan, parce que la tribu des Aws de Médine est originaire du Yémen. Sa tribu dit, dès qu’il fut adopté par les Aws : « Tu es le Yéménite [Al Yamaan] ». Voilà pourquoi qu’on l’a appelé comme ceci, même s’il n’est pas Yéménite en tant que tel.

Acceptation de l’islam par Al Yamaan

Al Yamaan a embrassé l’islam avant l’hégire du prophète, donc avant 622. Il a aussi participé au Traité de ‘Aqabah, c’est-à-dire au serment d’allégeance.

Toutefois, il semble qu’Al Yamaan n’était pas établi à la Mecque pendant les années de persécution des musulmans. En effet, il n’est pas mentionné dans les récits des compagnons de la Mecque, avant l’Hégire. La première fois où Al Yamaan est évoqué, c’est après la bataille de Badr (624), donc après l’Hégire du prophète.

Le pacte d’Al Yamaan avec les Qoraïch

Un jour, alors qu’Al Yamaan et Houdheyfah étaient en partance pour Médine, les Qoraïch (les nobles de la Mecque) les interceptèrent. Ils leur demandèrent : « Où allez-vous ? », alors Al Yamaan répondit : « Je me rends chez moi, à Yathrib. » Alors ils répliquèrent : « Est-ce que tu vas rejoindre Mouhammad ? » (en fait, les Qoraïch voulaient savoir s’il était devenu un partisan du prophète). Alors il rétorqua : « Je rentre chez moi, pourquoi m’empêchez-vous d’y aller ? » Ils répondirent : « On ne te laissera partir si tu ne rejoins pas le camp de Mouhammad. » Il a donc dû leur donner la promesse qu’il ne participerait à aucun combat contre eux aux côtés de Mouhammad. C’était la condition pour laisser Al Yamaan et son fils Houdheyfah partir à Médine.

Lorsque le père et le fils arrivèrent à Médine, c’était le moment où on appelait les gens à s’armer. L’escarmouche contre la caravane d’Abou Soufyan allait partir.

Cette expédition, censée n’être qu’une intimidation, se terminera par la bataille de Badr, premier revers de taille pour l’armée des polythéistes mecquois.

Pendant l’enrôlement, Al Yamaan demanda à Mouhammad : « Ô Messager d’Allah, Abou Jahl nous a capturé et il a exigé de nous une condition, celle de ne pas nous battre à tes côtés. Que dois-je donc faire ? ». Alors le prophète lui répondit : « Tu dois respecter ton engagement. Quand à nous autres, nous aurons l’aide d’Allah par d’autres moyens. »

La loyauté et l’intégrité du musulman

Cette anecdote est particulièrement intéressante, elle touche au sujet de la loyauté. Al Yamaan et son fils se sont engagés, et bien qu’ils n’aient aucune contrainte, le prophète leur a imposé de respecter leur parole. C’est une question d’honneur et d’intégrité. Ainsi, tant que cela ne se retournait pas contre les musulmans, ils devaient tenir leur engagement de non-agression.

On comprend donc qu’un bon musulman, c’est quelqu’un qui tient ses promesses. Le musulman ne triche pas. Même avec une personne d’une autre confession religieuse, il faut être un homme d’honneur. Il est important de rester fidèle ses principes, et de respecter le contrat qu’on a passé avec lui, tant qu’il ne contredit pas notre croyance religieuse et ne nous conduit pas à nuire directement à nos frères en religion.

Le double attribut du fils d’Al Yamaan

Autre point : certains livres d’histoire (et il ne s’agit pas ici de livres de ahadith), mentionnent qu’un jour, Houdheyfah posa une question au prophète : « Est-ce que je fais partie des Ansar [Auxiliaires] ou des Mouhadjirounes [Émigrés] ? »  Houdheyfah avait un peu des deux attributs : il est né à La Mecque mais sa mère est de Yathrib (l’ancien nom de Médine). De plus, il avait l’habitude de faire des allers-retours avec son père entre les deux villes. Il a grandi à Médine, mais il a également émigré de la Mecque. Apparemment, le prophète aurait répondu : « Tu fais partie des Ansar et des Mouhadjiroun » Ainsi, Houdheyfah avait semble-t-il cet honneur d’avoir les bénédictions de ces deux catégories.

Hégire

La mort tragique d’Al Yamaan

Un autre événement se produisit plus tard, c’est un événement tragique : la mort de Al Yamaan, le père de Houdheyfah, pendant la bataille de Ouhoud en 625.

La bataille de Ouhoud

Cette bataille de Ouhoud a été difficile pour les musulmans. Ces derniers ont eu l’ascendant au début, puis les archers sont descendus pour prendre du butin, et les musulmans ont été victimes d’une contre-attaque des polythéistes (menés par Khalid ibn Walid). L’armée islamique a pu se replier mais a essuyé des pertes : environ 70 musulmans sont morts contre 45 polythéistes.

Illustration bataille de Uhud

Au moment de la bataille de Ouhoud, Al Yamaan était un vieil homme d’environ 80 ans, et il n’était pas allé au combat : il est resté à la ville avec les femmes, les enfants et les inaptes au combat. Il y avait un vieil homme parmi les Ansar [les gens originaires de Médine], Thâbit ibn Waqch, qui était également resté dans la ville. Al Yamaan regrettait de n’être pas parti avec les soldats, et il interpella alors Thaabit ibn Waqch : « Pourquoi sommes-nous encore là à être assis ? Qu’est-ce qu’on attend ? On va bientôt mourir de toute façon, on pourrait prendre nos épées, mettre nos armures et partir combattre avec nos maigres moyens… Peut-être qu’Allah nous bénira en faisant de nous des martyrs. » Alors, les deux hommes âgés décidèrent de partir pour rejoindre l’armée des musulmans à Ouhoud, qui se trouvait à 8 kilomètres de Médine.

Ici on peut se poser une question légitime : comment se fait-il que Houdheyfah et son père Al Yamaan soient partis au combat, malgré leur engagement de ne pas se battre contre les Mecquois ? La réponse est qu’ils ont considéré la bataille de Ouhoud comme une bataille défensive, alors que celle de Badr était offensive. Le père et le fils ont en effet promis de ne pas attaquer les Qoraïch… mais lorsque les Qoraïch attaquent, ils ont le droit de se défendre.

L’entrée au combat d’Al Yamaan et de Thabit ibn Waqch, et leur mort

Lorsqu’Al Yamaan et Thaabit se sont rapprochés de la zone de combat, la bataille de Ouhoud avait déjà commencé. Au milieu de la bataille, Al Yamaan et Thaabit décidèrent de se joindre au combat, mais ce fut au mauvais moment. Ils entrèrent sur le champ de bataille, et en toute vraisemblance, Al Yamaan est venu du mauvais côté. Les musulmans ne l’ont pas reconnu, et l’imam Dhahabi précise qu’il portait une armure qui couvrait le visage. Ces hommes ont donc attaqué Al Yamaan. Dans le même temps, Thâbit fut tué par les ennemis Qoraïch.

Al Yamaan aurait tenté de se défendre mais il était très âgé, et les musulmans l’assénèrent de coups. Houdheyfah vit son père au loin et le reconnut, et il commença à crier : « C’est mon père ! C’est mon père ! ». Hélas, c’était au milieu du tumulte de la bataille, tout était très confus. Il y avait de la poussière, de la foule, des cris, et les musulmans n’ont même pas entendu Houdheyfah crier.

Quand Houdheyfah arriva au niveau de son père, il avait déjà rendu l’âme. Il était en fureur contre ceux qui avaient tué son père, mais les hommes répondirent : « Par Allah, on ne savait pas du tout qu’il s’agissait de ton père, on ne l’a pas reconnu ». En cela, ils ont dit la vérité.

La réaction digne du fils d’Al Yamaan

Alors Houdheyfah leur dit exactement ce que le prophète Youssouf (paix sur lui) dit à ses frères :

 يَغْفِرُ ٱللَّهُ لَكُمْ ۖ وَهُوَ أَرْحَمُ ٱلرَّٰحِمِينَ

« yaghfirou-Llahou lakoum, wa houwa ar-hamou-r-rahimin »

« Qu’Allah vous pardonne. Et c’est Lui le plus Miséricordieux des miséricordieux »

(sourate 12, verset 92)

Cela témoigne de la foi forte de Houdheyfah : il cita le Coran lors de ce moment très douloureux.

Lors d’une épreuve, le musulman devrait se souvenir d’Allah en premier lieu. Il lui est vivement conseillé de dire : « Vraiment, c’est à Allah que nous appartenons, et c’est vers Lui que nous retournerons » : « Innâ Li Llahi wa innâ ilayhi râdji’oûne » (إِنَّا لِلّهِ وَإِنَّـا إِلَيْهِ رَاجِعونَ). Par ces épreuves, notre Seigneur nous purifie, nous pardonne nous péchés et nous élève en degrés. Les difficultés sont aussi une source de sagesse et de multiples enseignements.

Une fois la bataille terminée, le prophète demanda que le trésor des musulmans paie à Houdheyfah le prix du sang (la diya) pour cette mort accidentelle. La compensation équivalait à 100 chameaux, ce qui représentait une fortune. On donna 100 chameaux à Houdheyfah, et immédiatement il en fit don aux pauvres de Médine, et n’en garda aucun.

Le prophète eut un immense respect envers Houdheyfah suite à ce geste, car non seulement Houdheyfah pardonna aux musulmans et n’eut pas de rancune envers ceux qui tuèrent son père, mais en plus il fit don de cette fortune qui lui revenait. Et il ajoutait : « Mon père voulait être martyr et il a atteint ce but, je suis heureux pour lui. »

Dans la deuxième partie de cet épisode consacré à Houdheyfah, nous aborderons la vie de ce grand compagnon. Vous pouvez lire cette deuxième partie en cliquant sur le lien suivant : « Partie 2 : la vie du compagnon Houdheyfah« 

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