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La vie des compagnons – Anas ibn Malik – Partie 2 : la vie d’Anas ibn Malik

La vie des compagnons – Anas ibn Malik – Partie 2 : la vie d’Anas ibn Malik

 

Dans ce premier épisode de la vie des compagnons, nous parlons du grand compagnon du prophète صلى الله عليه وسلم, Anas ibn Malik رضي الله عنه.

Cette deuxième partie est consacrée à la vie d’Anas ibn Malik رضي الله. Nous y abordons certains points marquants :

– sa présence à la bataille de Badr
– sa complicité avec le prophète صلى الله عليه وسلم
– sa vie après la mort du prophète صلى الله عليه وسلم sous l’ère des califes bien-guidés
– les difficultés subies pendant la deuxième grande fitna, confronté à la cruauté de Al-Hajjaj ibn Youssouf
– son décès et sa postérité

Les épisodes de la vie des compagnons sont tirés du travail réalisé par le Dr. Yasir Qadhi (diplômé de l’Université de Médine – qu’Allah le préserve). Pour visionner l’original en anglais, vous pouvez cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=EGesLGDIcaw

Ci-dessous, vous retrouverez la retranscription de cette deuxième partie.

La vie des compagnons – Anas ibn Malik – Partie 2 : sa vie

Bismillahi-r-Rahmani-r-Rahim

Alhamdoulillah, wa salatou wa sallam ‘ala rassoulillah wa ‘ala alihi wa sahbihi wa man wala

As salam ‘aleykoum wa rahmatoullah, bonjour à tous, et bienvenue dans ce second épisode concernant la vie du grand compagnon Anas ibn Malik, qu’Allah l’agrée.

Lors du premier épisode, nous avions parlé des membres de la famille d’Anas, à savoir sa mère, son beau-père, sa tante, son oncle, son cousin et son demi-frère. Ils étaient très pieux et ont aidé à rétablir l’islam, la religion d’Ibrahim [Abraham – sur lui la paix], dans la péninsule arabique.

Il faut d’abord savoir que c’est une tradition d’Allah, une sounnah d’Allah, de rendre pieux les enfants de parents pieux. Ainsi, si les parents sont pieux, les enfants suivent généralement les pas de leurs parents et ils deviennent également de bons croyants. Bien sûr cela n’est pas une généralité, et même des fils de prophètes se sont avérés des mécréants, comme l’un des fils de Nouh [Noé – que la paix soit sur lui].

Anas ibn Malik a donc grandi comme serviteur du prophète. Il a participé aux batailles importantes et il était le plus jeune à la bataille de Badr.

Pour ceux qui ne le savent pas, Badr fut la première grande bataille de l’islam. Elle eut lieu en 624, 2 ans après le départ du prophète de la Mecque vers Médine (L’Hégire).

Cette bataille était inattendue pour les compagnons du prophète et le prophète Mouhammad lui-même. En fait, ils voulaient intercepter une caravane de marchandises afin de faire pression sur les Mecquois, mais le chef de la caravane Abou Soufyan fut mis au courant de ce projet, il rassembla alors une armée de 300 hommes pour protéger la caravane, et il demanda des renforts aux notables de la Mecque. Le chef mecquois Abou Jahl réunit alors 600 à 800 soldats pour renforcer ce contingent, et partit retrouver le chef de la caravane Abou Soufyan.

Allah voulut donc qu’au lieu de la caravane, les musulmans tombent sur l’armée des polythéistes mecquois.

L’armée mecquoise était une coalition de diverses tribus, elle était bien préparée et comptait donc un millier d’hommes ainsi que de la cavalerie (on parle de 100 cavaliers), tandis que les musulmans était environ 300, on parle de 313 hommes, avec 3 cavaliers et 70 chameaux.

Les forces en présence étaient donc très inégales : d’un côté, l’armée des polythéistes étaient d’environ 1000 hommes, ils étaient préparés au combat et avaient une cavalerie conséquente. De l’autre côté, l’armée des musulmans n’étaient pas préparée, ils avaient seulement prévu d’intercepter un convoi de marchandises, ils comptaient environ 300 hommes légèrement armés, avec très peu de cavalerie.

On pourrait craindre le pire, mais il ne faut pas oublier qu’Allah a déjà par le passé donné la victoire à celui qui était le plus faible d’apparence, comme lorsqu’il a donné la victoire à l’armée des Israélites menée par Talout, laquelle a gagné contre l’armée des géants menés par Jalout, c’est-à-dire Goliath. Et Jalout [Goliath], a été terrassé par le prophète Daoud, c’est-à-dire David, c’est ce qu’on peut lire dans la deuxième sourate du Coran.

La bataille de Badr vit encore la victoire d’une armée plus faible d’apparence. Allah aida donc l’armée en leur donnant du courage, et en envoyant 3000 anges en renfort, comme l’indique le 124ème verset de la 3ème sourate.

Les musulmans parvinrent à gagner cette bataille. Ils tuèrent environ 70 polythéistes et en firent 70 autres prisonniers, tandis que les musulmans perdirent 14 hommes.

C’est vraiment une victoire miraculeuse, car il y avait trois polythéistes pour un musulman, et les polythéistes étaient mieux préparés. Par ailleurs, il n’y a pas de topologie géographique spéciale pouvant justifier cette victoire, étant donné que les soldats ont combattu au corps à corps, visiblement sans combat à distance. Toutefois, il semblerait qu’il ait plu la veille, ce qui ait rendu le terrain un peu boueux du côté des ennemis, tandis que la pluie a été une fraîcheur pour les musulmans (certains ahadith parlent de cette pluie salvatrice).

Au final, ce fut une victoire éclatante de l’armée islamique, qui fut une grande secousse pour les polythéistes de la Mecque. Ce fut leur première défaite, d’autant plus que des personnalités importantes ont été tuées à cette occasion, notamment les ennemis les plus cruels de l’islam, à savoir Abou Jahl, Outba ibn Rabi’ah, Oumamayah ibn Khalaf ou encore ‘Uqbah

Anas ibn Malik était présent au puits de Badr, toutefois il n’a pas combattu lors de cette bataille. Il est en effet venu comme serviteur du prophète, et n’était pas autorisé à combattre car il était agé de 11 ans ½ ou 12 ans. Or, l’âge minimum pour combattre était de 14 ans. Pour cette raison, Anas n’est pas considéré comme étant un badrii à part entière, mais il est un chahida-badra [témoin de Badr].

On sait que les badrioune, les gens qui ont combattu à Badr parmi les compagnons, ont un statut très élevé, le plus haut statut derrière les 10 promis au Paradis

En effet, il y a une classification des compagnons selon leurs mérites, et les compagnons qui ont combattu pour l’islam aux premiers temps ne sont pas égaux à ceux qui ont embrassé l’islam après la conquête de la Mecque.

Anas est donc dans une catégorie liée aux badrioune, c’est un chahida-badra, il était présent au champ de bataille mais il n’a pas combattu.

En revanche, en grandissant, il a pu participer aux autres batailles en compagnie du prophète.


Quelle fut l’attitude du prophète envers son serviteur Anas ?

Ce dernier nous a décrit cette attitude, et il a dit : « J’ai été au service du prophète pendant 10 ans, et par Allah, il ne m’a jamais frappé, il ne m’a jamais réprimandé, et il ne m’a jamais parlé durement ».

Ce hadith est étonnant car aucun parent ne peut faire cela avec ses propres enfants, imaginez alors envers quelqu’un qui n’est pas de la famille. Or, notre prophète n’a jamais montré d’animosité envers Anas ibn Malik, et ne l’a jamais frappé une seule fois, alors qu’à l’époque, frapper un enfant pour le discipliner était une norme, tout le monde le faisait !

De plus, le prophète était joueur avec lui, et Anas narre : « Une fois, le prophète m’a envoyé faire une corvée, et je n’en avais pas vraiment envie. En chemin, j’ai trouvé des enfants en train de jouer, et j’ai commencé à jouer avec eux (N.B. : il avait une dizaine d’années à l’époque). Et je me souviens que le prophète m’a pris par les deux oreilles, en train de rire, et lui a demandé « Anas, ne t’ai-je pas dit de faire ceci ? » et Anas répondit « Oui, je vais le faire maintenant ! » et il partit pour accomplir la corvée. Et à partir de ce moment, il était parfois surnommé « dhou-l-oudhounayn », [« celui aux deux oreilles »], parce que le prophète l’a pris par les oreilles. Le prophète a fait cela gentiment et ne l’a pas réprimandé ou frappé, on constate ici sa bonté envers les enfants et envers son serviteur.

Nous avons un autre hadith qui est célèbre et qui est très intéressant, qu’on trouve dans At-Tirmidhi et d’autres. Anas rapporte qu’il a dit au prophète : « Ô Messager d’Allah, je suis ton Khouwaïdim [ton petit servant], ichfa’ lî, fais chafa’a pour moi », c’est-à-dire : « intercède en ma faveur, au Jour du Jugement ». Et le prophète répondit : « Assurément je le ferai ». Et Anas lui demanda alors : « Où vais-je trouver yawm-al-qiyamah [le Jour du Jugement] ? » Le prophète lui répondit : « La première place où tu devras chercher, c’est au Pont Sirat (c’est-à-dire le pont au-dessus de l’Enfer). Si tu ne m’y trouves pas, essaye voir au Mîzân (c’est-à-dire à la Balance). Si tu ne m’y trouves pas, alors regarde au Haw (donc au Bassin), car c’est sûr que tu me trouveras à l’un de ces trois endroits. » C’est un beau hadith qui montre qu’Anas veut être proche du prophète et être à ses côtés au Jour du Jugement, qui sera un jour difficile, et ce hadith nous donne quelques indications au sujet de ce jour qui nous attend, et auquel nous devons nous préparer en croyant fermement en Allah et en faisant le maximum de bonnes œuvres.

Une autre chose qu’on apprend à propos d’Anas ibn Malik, est que le prophète lui donnait beaucoup de conseils bien spécifiques, qui témoignent de l’attention qu’il lui portait.

À titre d’exemple, il lui a dit : « Ne te lasse pas de faire tes ablutions, pour avoir une bénédiction », et aussi : « À chaque fois que tu rentres dans une maison, dis « salâm«  », pour des raisons de bénédiction là encore. Il a aussi dit à Anas : « À chaque fois que tu rencontres quelqu’un, dis-lui salâm, Allah te pardonnera des péchés ou augmentera tes bonnes actions », ou encore : « Fais tes ablutions avant d’aller dormir », et aussi : « Sois doux avec les jeunes et clément envers les personnes âgées, alors tu seras avec moi au Jour du Jugement ».

Une autre recommandation pour Anas fut : « Si tu peux te coucher le soir avec un cœur libéré de toute rancœur, jalousie ou rancune, alors fais-le »

On voit donc qu’Anas a pu bénéficier, au long de ces dix années de service, d’un tas de conseils qui ont pu le forger et l’éduquer.


À la mort du prophète, Anas était âgé de 20 ans.

Puis, à l’époque des califes bien-guidés, chacun lui donna une bonne position, à la hauteur de son honneur. Cela est logique car c’est l’un des Ansars [Auxiliaires] les plus importants, digne de confiance, et doté d’un haut prestige. Il occupa donc des fonctions diverses au cours de ces 30 années : gouverneur de telle ou telle ville, meneur pendant des expéditions, etc.

Puis, après l’ère des califes bien-guidés, il partit de Médine et s’installa à Baṣra / Boṣra, une ville située au sud de la Syrie. Cette ville marquait la limite des pays bédouins, c’était une place commerciale importante, un lieu de destination des caravanes des régions alentours (attention ici, il ne faut pas la confondre avec la ville irakienne d’Al-Baṣrah, qu’on prononce Bassorah en français).

À Baṣra, il lance des commerces, acquiert des propriétés, et commence à narrer des paroles prophétiques dans la grande mosquée de la ville.

Anas ibn Malik va vivre une longue vie et étant donné ses connaissances et son prestige, de grandes assemblées vont se réunir autour de lui, et beaucoup de gens viennent le rencontrer pour bénéficier de son savoir. Il a ainsi enseigné aux plus grands de la génération des successeurs, comme ibn Shihaab az-Zouḥri et Mouhammad ibn Sîrîne, qui sont deux figures très importantes (qu’Allah leur fasse miséricorde).

Anas était connu pour faire de longues prières, à tel point que ses pieds gonflaient et saignaient, comme cela était le cas pour le prophète. À ce propos, on a des narrations, notamment celle de Jabir ibn ‘Abd Allah, qui font état que : « Personne ne faisait la prière d’une façon aussi proche de celle du prophète qu’ Anas ibn Malik », ce qui paraît logique étant donné qu’Anas a passé beaucoup de temps avec le prophète pendant sa jeunesse.

De longues années après la mort du prophète, après la mort des califes bien-guidés, la guerre civile éclata entre les Oummeyades et le camp de ‘Ali ibn Abou Talib, vers 660. Anas ne s’impliqua pas dans ces luttes.

Plus tard, la deuxième fitna éclata en 680. La la deuxième guerre civile commença. Elle opposa les Oummeyades, représentés d’abord par Yazide le fils de Mou’awiya, puis par Marwan ibn al-Hakam en 683, et enfin après, en 684, par son fils Abd- El-Malik ibn Marwan. En face, ce fut le camp du compagnon du prophète ‘Abd Allah ibn Az-Zoubeyr, le fils d’Asma (fille d’Abou Bakr) et de Az-Zoubeyr.

Le compagnon ‘Abd Allah ibn Az-Zoubeyr était à Médine et s’était autoproclamé commandeur des croyants, et il contrôlait le Hidjaz. Il refusait la légitimité de Yazide, ce qui est logique étant donné la brutalité et la sauvagerie de Yazide, le fils de Mou’awiya et petit-fils d’Abou Soufyan.

‘Abd Allah ibn Az-Zoubeyr avait pris un certain ascendant, avait rallié la population locale et d’autres régions autour de lui, et plusieurs compagnons lui avaient offert leur soutien.

Ainsi, dans cette optique de rallier des soutiens, ‘Abd Allah ibn Az-Zoubeyr invita Anas ibn Malik à revenir à Médine. Anas considérait, avec raison, que ‘Abd Allah ibn Az-Zoubeyr était la meilleure personne à suivre, donc il retourna au Hidjaz et s’y installa pendant un certain temps, mais alors le détestable gouverneur Al-Hajjaj ibn Youssouf attaqua.

Notons que Al-Hajjaj ibn Youssouf était une des pires figures des décennies suivant la mort du prophète Mouhammad. Le savant ibn Taymiyya a dit à son propos qu’il n’était pas plus tyrannique que n’importe quel autre tyran, mais son crime est énorme car sa tyrannie s’exerçait contre les compagnons du prophète ; il combattait et tuait les meilleurs des hommes, ce qui est gravissime, et l’a rendu un des pires parmi les pires.

Al-Hajjaj n’est jamais devenu calife, c’était un politicien et un général, qui travaillait pour les intérêts des Oummeyades. Il n’avait pas de principes moraux, il voulait juste gagner les batailles et obtenir la récompense du pouvoir.  Militairement, c’était quelqu’un de doué, rusé, brutal, sans scrupules et sans pitié – c’est exactement l’homme dont avait besoin les pouvoirs tyranniques, ils ont besoin de ce genre de personnes sans état d’âme.

Al-Hajjaj a assiégé la Mecque et a attaqué la ville, en utilisant des catapultes, lesquelles ont provoqué des dommages sur la Ka’ba, même si ce n’était pas le but. Suite à ces dommages, la Ka’ba a été détruite, et elle sera reconstruite plus tard.

Al-Hajjaj prit ensuite le chemin de Médine, et Anas ibn Malik était justement dans cette ville. Quand les forces de Al-Hajjaj triomphèrent des troupes de ‘Abd Allah ibn Az-Zoubeyr à Médine, l’un des plus grands massacres de l’ère islamique se produisit, le massacre de Harra. Et hélas beaucoup de choses tristes se passèrent, dans la ville de Médine ; ainsi, les troupes de Al-Hajjaj suivirent leurs passions contre les femmes et causèrent d’innombrables torts.

Aujourd’hui encore, lorsqu’on visite le cimetière de Baqi’, il y a un endroit spécifique pour les personnes qui ont été tuées pendant ce massacre. Il y avait tellement de victimes qu’elles ont été enterrées en fosse commune.

Anas ibn Malik vécut donc ces temps difficiles, et il perdit beaucoup de personnes parmi ses descendants. On sait qu’Anas a eu beaucoup d’enfants, comme le laissait présager l’invocation du prophète, et apparemment lui-même ne connaissait pas le nombre exact de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, car ils étaient nombreux. Anas a mentionné cette tragédie, qui l’a touché directement : « Un de mes enfants m’a informé que plus de 100 personnes parmi mes descendants avaient été tuées dans le massacre de Harra, lorsque Al-Hajjaj et son armée entrèrent à Médine. »

On voit donc qu’il perdit une centaine de descendants à Médine, ce qui donne une indication sur sa progéniture, mais il faut savoir qu’Anas avait aussi d’autres personnes de sa descendance à Baṣra et à la Mecque.

Pour revenir à l’invasion de Médine, il faut savoir que Al-Hajjaj ibn Youssouf, le général sanguinaire, était très remonté contre Anas ibn Malik, car ce dernier avait quitté Baṣra et donné son support au camp adverse. C’était un poids de taille en faveur de ‘Abd Allah ibn Zoubeyr, d’ailleurs beaucoup des fils d’Anas ont combattu contre Hajjaj, et l’un d’entre eux en particulier s’est distingué, il semble qu’il s’agisse de ‘Abd Allah ibn Anas, qui est décédé lors d’une bataille.

Al-Hajjaj demanda à voir Anas ibn Malik. À ce moment, Anas était âgé d’environ 80 ans, alors qu’Al-Hajjaj était un homme relativement jeune. Et alors, Al-Hajjaj vociféra contre Anas en public, l’insulta et le menaça. Anas n’a pas répondu de façon dure, il a seulement dit : « La hawla wa la qouwata illa bi Llah » [Nulle volonté ni puissance si ce n’est par Allah], prit sa canne et s’éloigna, tandis que d’autres personnes de l’entourage d’Al-Hajjaj approchèrent Anas pour présenter leurs excuses, en disant : « Nous sommes désolés pour tout cela ». Anas répondit alors à ces personnes : « Par Allah, je n’ai pas peur pour moi, et j’étais sur le point de dire quelque chose qui l’aurait réduit au silence pour toujours, mais je suis inquiet pour mes autres enfants qui sont encore en vie. »

Anas était un père, un grand-père et un arrière-grand-père, il se souciait pour sa famille et n’avait pas envie de prendre des risques inutiles.

Cela nous montre que parfois, il est mieux de garder le silence contre une injustice, si c’est pour éviter que quelque chose de pire ne se produire. Pourquoi le reste de la famille d’Anas devait encore souffrir pour quelques mots ? Il valait mieux être endurant, faire confiance à Allah et patienter. Ces épreuves et souffrances sont une purification ou un moyen d’avoir davantage de bonnes actions, et de toute manière, Allah s’occupera du sort d’Al-Hajjaj en toute justice.

Notons tout de même qu’Al-Hajjaj est allé encore plus loin en humiliant Anas : il aurait placé un écriteau ou quelque chose sur lui, indiquant la mention : « épargné par Al-Hajjaj », comme pour montrer qu’Al-Hajjaj a eu de la clémence de ne pas l’avoir tué. Al-Hajjaj aurait aussi spolié les biens d’Anas.

C’est important de connaître ces détails historiques, pour contextualiser tous les événements, et nous faire comprendre qu’il y a eu des moments extraordinaires pour la oummah, mais aussi des périodes difficiles. On comprendrait alors que les tyrans qu’on connaît aujourd’hui ont toujours existé, et ont parfois même fait pire. Imaginez : Qu’est-ce qu’il se passerait si l’un des dirigeants actuels attaquait la Mecque ? Eh bien ceci s’est passé au temps des Oumeyyades, comme nous l’avons vu. C’était une période très sombre, on peut aussi penser à la tragique mort de ‘Abd Allah ibn Zoubeyr, le compagnon du prophète et le fils de Asma bint Abou Bakr, qui a été accroché à un poteau devant la Ka’ba, et Al-Hajjaj est même allé jusqu’à rendre visite à Asma pour la narguer, alors qu’elle était âgée de plus de 100 ans.

Ces histoires sont vraiment tragiques, et Al-Hajjaj a adopté un comportement inadmissible. De fait, Anas ibn Malik écrivit une lettre au cinquième calife oummeyade, à savoir ‘Abd-el-Malik ibn Marwan, une lettre très triste. Dans cette lettre, il écrivit ceci : « Si un des chrétiens avait été en contact avec un des serviteurs de ‘Issa [de Jésus – paix sur lui], il l’aurait traité avec un immense respect. Or, j’ai servi le prophète Mouhammad pendant 10 ans, et ton gouverneur m’a traité de façon méprisable », et Anas mentionna dans la lettre toutes les vexations commises par Al-Hajjaj.

Il voulait interpeller le calife en faisant le parallèle avec les chrétiens, et dressant un contraste avec la oummah. Hélas, personne ne prit la défense d’Anas à Médine, car c’est Al-Hajjaj qui était en face, et c’était risquer sa vie si on s’opposait à son commandement.

Après avoir reçu cette missive, le calife ‘Abd El-Malik ibn Marwan écrivit une lettre très dure à Al-Hajjaj ibn Youssouf, en lui disant : « Comment as-tu osé faire ceci ?! Va présenter tes excuses à Anas ibn Malik ». Alors Al-Hajjaj obéit, même si ces excuses étaient affectées et dites de façon sarcastique. Extérieurement toutefois, on peut dire qu’il est allé voir Anas pour lui présenter ses excuses, même si cela manquait bien évidemment de sincérité.


Après la fin de toutes ces fitanes [troubles], il retourna à la ville de Baṣra où il avait encore des propriétés et de la famille, et il y vécut la fin de sa vie. C’était l’un des sahaba les plus riches, on disait que lorsqu’Anas ramassait une pierre, il trouvait dessous une pièce d’un dinar ; c’est une façon de dire qu’il y avait du succès dans tout ce qu’il entreprenait. Quoi qu’il fasse, il y avait de la bâraka [bénédiction] dedans, et là encore cela coïncide avec l’invocation du prophète.

Ainsi, tous les entrepreneurs et commerçants voulaient s’associer à lui, pour qu’il soit un partenaire de leur projet (sans qu’il ne soit vraiment participant actif). Le but était que leur projet bénéficie de sa bâraka. Il n’avait rien à investir, mais gagnait des dividendes de ces projets. C’est une des raisons de l’immense richesse d’Anas ibn Malik. Ce dernier avait des demeures et des jardins à Baṣra, et les livres d’histoires mentionnent que ses jardins connaissaient des récoltes deux fois l’année, ce qui n’est pas normal d’un point de vue biologique ; ainsi au lieu de donner les fruits une fois par an, les arbres donnaient les fruits deux fois dans l’année. En outre, les gens aimaient bien se promener dans les jardins d’Anas, car c’était prétendument ceux avec les meilleures fragrances.


On l’a vu, Anas ibn Malik était connu pour ses prières très longues. À la fin de sa vie, il devint aveugle (comme beaucoup de personnes à cette époque, la vieillesse s’accompagnait parfois de la perte de la vue), néanmoins malgré sa cécité il continuait à faire de longues prières.

Il décéda en l’an 93 de l’Hégire (soit en l’an 715 du calendrier grégorien) dans la ville de Baṣra, à l’âge de 103 ans. Il fut le dernier des sahaba [compagnons] à mourir à Baṣra, et il fut le dernier des grands sahaba à mourir. Il y encore quelques sahaba qui sont morts après lui, mais Anas ibn Malik est le dernier des plus célèbres compagnons à déceder. 83 ans après la mort du prophète, il n’y avait quasiment plus personne de vivant parmi les compagnons. Tous les grands compagnons qu’on connaît étaient déjà partis à l’heure de la mort d’Anas. Le dernier compagnon est mort en l’an 110 de l’Hégire.

Cet âge avancé d’Anas n’est pas une coïncidence ! Le prophète avait fait une invocation pour qu’Anas ait une longue vie ! Ce fait ne devrait donc pas nous surprendre.

Tout ce qu’il a demandé dans son invocation s’est réalisé dans la vie terrestre d’Anas, et nul doute que ce qui a été demandé pour l’au-delà se réalisera également.

Mouhammad ibn Sîrîne, un des plus célèbres tabi’ounes [successeurs], conduisit la salat janaza [prière mortuaire], et Anas fut enterré avec les reliques qu’il possédait du prophète (notamment un cheveu), et il avait dit à son fils de le mettre dans sa bouche quand il rendrait l’âme. Ceci est halal, c’est autorisé car ce n’est pas de l’adoration mais une recherche de bénédiction. Anas possédait aussi un bâton que le prophète utilisait pour marcher, et il avait demandé qu’on le mettre dans son linceul. Le compagnon a aussi été enterré avec un qamis spécial, peut-être un qamis qui avait été porté par le prophète.

Autre détail intéressant, on trouve de grands rapporteurs de ahadith [paroles prophétiques] parmi les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants d’Anas ibn Malik. On peut ainsi lire leurs noms dans les recueils de paroles prophétiques, et cette descendance bénie a sans doute émané de l’invocation du prophète, qui a été acceptée par Allah (exalté soit-Il).

Ainsi arrivons nous à la fin de l’histoire du compagnon Anas ibn Malik et de sa famille pieuse. Malgré les épreuves, ils ont lutté pour la cause d’Allah et ont donné le meilleur d’eux-mêmes.

Qu’Allah les agrée tous.

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