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La vie des compagnons – At-Toufayl ibn ‘Amr ad-Dawsi, le chef du clan d’Abou Hourayrah

La vie des compagnons – At-Toufayl ibn ‘Amr ad-Dawsi, le chef du clan d’Abou Hourayrah

Dans notre série sur les compagnons, nous voulions aborder la vie d’Abou Hourayrah, mais avant cela il est important de parler d’abord de son chef de tribu. Il s’agit de At-Toufayl ibn ‘Amr ad-Dawsi (الطفيل بن عمرو الدوسي) (qu’Allah l’agrée).

La province de Nadjrân (sud de l’Arabie), d’où provient At-Toufayl

At-Toufayl était le chef d’une tribu de la région du Yaman, appelé la tribu des Daws, et qu’on appelle aussi tribu de Zahran. At-Toufayl était l’un des plus célèbres ‘arabes de l’époque, c’est-à-dire un des plus célèbres bédouins. Il vivait avec son clan dans la province de Nadjrân (sud de l’Arabie d’aujourd’hui), toutefois à l’époque on appelait cette région « Yaman ».

Province de Nadjrân, d’où est originaire la tribu des Daws

Le départ pour la Mecque

Un jour, il part à la Mecque faire le hadj (le grand pèlerinage), durant la cinquième ou sixième année de la prophétie de l’Envoyé d’Allah صلى الله عليه وسلم (vers 616).

L’accueil des Qoraïch et leur avertissement

Quand il arriva à la Mecque, les Qoraïch vinrent lui rendre visite, At-Toufayl étant considéré comme un personnage important (chef de tribu). Après l’avoir salué et honoré, les Qoraïch lui dirent : « Ô At-Toufayl, nous devons t’avertir qu’un de nos hommes, Mouhammad, a causé beaucoup de problèmes et déstabilisé notre société. C’est une sorte de magicien poète qui a détruit des liens familiaux, nous te conseillons donc de ne pas écouter ce qu’il dit. » De fil en aiguille, la délégation de Qoraïch fit part d’histoires terribles, à tel point que At-Toufayl en fut effrayé. Il prit la décision de mettre du coton dans ses oreilles quand il croiserait ce fameux Mouhammad.

La rencontre avec le prophète صلى الله عليه وسلم

Un soir, il se trouva à côté de la Ka’aba pour faire le tawaf (c’est-à-dire le tour rituel) et tomba sur le prophète صلى الله عليه وسلم en train de prier. Il mit alors le coton dans ses oreilles et commença à faire le tawaf. Mais le coton ne bloquait évidemment pas tous les bruits, et At-Toufayl pouvait donc entendre le prophète صلى الله عليه وسلم réciter du Coran. Il fut charmé par ce qu’il entendait et se dit alors : « Ô At-Toufayl, tu es un homme intelligent et tu sais différencier la bonne parole d’une mauvaise parole. Pourquoi agis-tu d’une façon aussi ridicule en mettant du coton dans tes oreilles ? » Il enleva donc ce qu’il avait aux oreilles et attendit un peu à proximité du récitateur.

Dessin de la Ka’aba, située dans la mosquée sacrée (masdjid-al-harâm)

Une fois que le prophète صلى الله عليه وسل eut fini sa prière, At-Toufayl le suivit jusqu’à chez lui (car il ne voulait pas le questionner en public). Au moment où le prophète allait rentrer dans la maison (celle de Khadidjah), At-Toufayl l’interpella et lui demanda d’entrer. Il se présenta alors et lui raconta toute l’histoire, depuis sa rencontre avec les Qoraïch. Puis, il lui demanda sa version des faits.

Alors le prophète صلى الله عليه وسل lui expliqua la situation et lui introduisit les principes de l’islam. Ensuite, il lui récita du Coran.

At-Toufayl ibn ‘Amr embrasse l’islam

Ṭoufayl est convaincu par son message et décide d’embrasser l’islam.

Il fit dès lors partie du cercle très restreint de non-mecquois étant devenus musulmans pendant la période mecquoise (avant l’Hégire, c’est-à-dire avant 622). On peut compter ces personnes sur le doigt d’une main, étant donné que la quasi-totalité des musulmans durant la période pré-hégirienne étaient Mecquois. At-Toufayl a donc un statut très honorifique.

Il dit alors : « Ô Messager d’Allah, les gens de mon peuple me respectent beaucoup, donc je souhaite retourner chez moi et appeler à l’islamToutefois, j’ai besoin d’un signe, un miracle, qui m’aidera à les convaincre. » Alors le prophète صلى الله عليه وسل fit des invocations pour lui en ce sens, afin qu’il obtienne ce miracle.

Le retour de At-Toufayl dans sa tribu  

At-Toufayl rentra dans sa province et avant qu’il n’entre dans son village, il vit une lumière émanant de son visage. Il réalisa alors que c’était le signe qu’il attendait. Il invoqua alors son Seigneur : « Ô Allah ! Ne fais pas venir cette lumière de mon visage, mais fais-la venir d’un autre endroit. »

Les livres de sirah précisent que cette lumière est alors descendue vers sa main pour se loger dans son fouet. Ce miracle fait penser à celui de Moussa (Moïse) عليه السلام.

D’ailleurs, élément important ici : le musulman croit aux “karamat des gens vertueux, c’est-à-dire qu’Allah peut accorder toutes sortes de « mini miracles » aux gens pieux et bienfaisants. Ces miracles ne sont évidemment pas aussi grandioses que ceux des prophètes (comme la séparation de la Mer – Moussa -, la cassure de la lune – Mouhammad – ou encore la résurrection des morts – ‘Issa).

Pour revenir à At-Toufayl, ce dernier entra dans la ville et en rentrant chez lui, il se mit près de son père et de son épouse et leur dit : « Je ne suis plus comme vous, vous adorez les idoles alors que je suis musulman. » Après discussion, les deux proches acceptèrent l’islam, mais personne d’autre ne le fit ! Le reste du peuple ne devint pas musulman.

At-Toufayl continua de prêcher auprès d’eux mais très peu de Dawsi se convertirent.

Nouveau départ vers la Mecque et retrouvailles avec le prophète صلى الله عليه وسل

Au bout de quelques années (on ne sait pas exactement combien), il retourna à la Mecque pour faire le hadj. Il vint voir le prophète صلى الله عليه وسل et lui fit part de ses doléances.

Il dit : « Ô messager d’Allah ! Mon peuple est plongé dans le riba (l’usure) et dans le zina (la fornication), si bien qu’ils ne veulent pas accepter l’islam. » (Note : il semble que la principale raison qui les ait repoussés de l’islam soit ces péchés). At-Toufayl continua : « Fais une invocation contre eux ! »

At-Toufayl avait perdu patience et était exaspéré, après un ou deux ans de prêche. Imaginez alors le sentiment du prophète Mouhammad صلى الله عليه وسل qui a prêché pendant 20 ans, ou même Nouh (Noé) عليه السلام qui a prêché pendant 950 ans !

At-Toufayl peut à peine rester un an ou deux qu’il en a déjà marre : il abandonne et demande au prophète de faire une invocation pour qu’Allah détruise sa tribu !

Bien sûr nous ne faisons aucun jugement de valeur sur At-Toufayl رضي الله عنه, car nous pouvons tout à fait comprendre son agacement.

L’invocation du prophète صلى الله عليه وسل en faveur de la tribu des Daws

Quoi qu’il en soit, le prophète écouta At-Toufayl et leva alors ses mains, paumes vers le ciel en direction de la Qibla, et dit (par trois fois semble-t-il) : « Allahoumma hdi Dawsan », c’est-à-dire : « Ô Allah, guide la tribu des Daws ».

Alors, At-Toufayl retourna auprès de sa tribu, dans son village, et des membres de la tribu Daws embrassèrent l’islam les uns après les autres, jusqu’à ce que 80 foyers adoptent l’islam comme religion (soit environ 300 ou 400 personnes musulmanes).

Paysage du Nadjrân (par Richard Wilding)

Réflexion : quid des invocations pour ou contre un peuple ?

Avoir ses ablutions, se diriger vers la qiblah, lever les mains au niveau des épaules,
glorifier Allah et saluer le prophète : la sounnah de celui qui invoque Allah

À ce propos, on peut se faire une réflexion : comment se fait-il que parfois, le prophète
صلى الله عليه وسل a fait des invocations contre un peuple, et parfois, comme ici, en faveur d’un peuple ?

La règle générale était qu’il demandait à Allah de guider les gens. Et quand on s’intéresse aux cas particuliers où le prophète faisait des invocations contre un peuple, c’était lorsque ces gens témoignaient de l’arrogance. En effet, il s’agissait de personnes faisant preuve de qibr, d’orgueil ou de méchanceté gratuite. On peut penser aux Qoraïch qui ont jeté les restes d’un chameau sur le prophète alors qu’il priait. Ici, c’était un rejet pur et simple d’Allah et de son messager et un acte honteux, ce qui a justifié les invocations du prophète صلى الله عليه وسل contre certains Qoraïch (lesquels furent tués plus tard à la bataille de Badr)

Toutefois dans le cas présent, ce n’était pas une affaire d’arrogance, il s’agissait plutôt des méfaits de la luxure et de l’attachement à l’usure (riba).

Ainsi, on voit que la règle de base est la miséricorde, et en particulier lorsqu’il s’agit de péchés de cette nature. On n’a donc pas de réel intérêt à faire des invocations contre un tel peuple s’il est réticent à embrasser l’islam, excepté en de rares occasions.

Pour en revenir au sujet, c’est à ce moment qu’Abou Houreyrah se convertit à l’islam (car il faisait partie de la tribu des Daws). Néanmoins on ne sait pas bien le moment exact de sa conversion.

Le nouveau voyage de At-Toufayl à la Mecque

At-Toufayl, lui, se rend une troisième fois à la Mecque, encore une fois pour le hadj, alors que le prophète صلى الله عليه وسل est toujours dans cette ville et n’a pas encore émigré.

La proposition d’aide d’At-Toufayl

Cette fois, At-Toufayl lui dit : « Ô messager d’Allah ! Est-ce que tu ne voudrais pas une forteresse de la part des Daws ? » En d’autres termes, il voulait dire : « Pourquoi ne viens-tu pas vivre avec nous ? » car il voulait le protéger des persécutions qu’il subissait.

Mais le prophète صلى الله عليه وسل répondit : « Non, car Allah ne m’en a pas donné la permission. »

Plus tard, le prophète صلى الله عليه وسل migra à Médine (en 622). At-Toufayl le rejoignit durant la 7ème année de l’Hégire (c’est-à-dire autour de 629), accompagné de beaucoup de gens de sa tribu (au moins 100 personnes). Ceci se produisit lors de la bataille de Khandaq (c’est-à-dire la bataille du fossé). C’est à ce moment qu’Abou Houreyrah rejoignit lui aussi le prophète صلى الله عليه وسل.

Abou Houreyrah rencontra donc le prophète au moment de la bataille de Médine, alors que son chef de clan At-Toufayl l’avait déjà rencontré plusieurs fois auparavant.

Les ahadith (paroles prophétiques) mentionnant At-Toufayl

On n’a pas de hadith provenant directement de At-Toufayl, car il est mort finalement assez tôt. Néanmoins, deux ou trois ahadith le mentionnent. On va s’intéresser à un hadith en particulier.

Le hadith de Jâbir ibn ‘Abdillah

Un hadith intéressant est issu de Jâbir ibn ‘Abdillah, qui rapporte des paroles de At-Toufayl ibn ‘Amr, dans le sahih Mouslim (dans le livre de l’iman – kitabou-l-iman).

Un jour, At-Toufayl est allé voir le prophète صلى الله عليه وسل et il lui dit : « Ô messager d’Allah ! Ne veux-tu pas une forteresse et un dispositif de défense ? » Jâbir continue et rapporte que le prophète صلى الله عليه وسل n’accepta pas cette offre en raison de ce qu’Allah avait préparé pour les Ansar, c’est-à-dire les Auxiliaires de Médine.

Puis, plus tard, quand le prophète صلى الله عليه وسل migra à Médine, At-Toufayl s’y installa. Beaucoup de gens de son peuple l’accompagnèrent.

Mais quand ils arrivèrent à Médine, ils eurent du mal à s’acclimater car son climat était différent. Notons que les gens à l’époque étaient habitués aux conditions climatiques de la contrée où ils vivaient, génération après génération. En outre, ils voyageaient moins que nous.

Il faut savoir que la région de Nadjrân, au sud de l’Arabie, est atypique étant donné qu’elle est une région agricole prospère, très verte, qui bénéficie des pluies de mousson. On y trouve même des fermes laitières… ! Lorsqu’on va là-bas, on a peine à croire qu’on se trouve encore en Arabie !

Le sud de l’Arabie, en particulier la province de Nadjrân, est particulièrement fertile et arrosée.

À l’inverse, le climat de Médine est plutôt rude. D’ailleurs, des ahadith clairs nous indiquent que des Mecquois sont tombés malades en arrivant à Médine, comme Abou Bakr, Bilal, ‘Â’ichah et d’autres. De même, après l’installation à Médine, beaucoup de membres de la tribu de Daws tombèrent malades et commencèrent à se plaindre.


Jabal Mishriwan (Image : Peter Sanders). Alentours de Médine.

L’un des membres de la tribu, excédé et souffrant, prit une hache ou un couteau et se trancha la main. Il saigna jusqu’à en mourir. Il s’est donc suicidé, vraisemblablement à cause de la maladie et de la dépression.

Le rêve de At-Toufayl

At-Toufayl le vit en rêve. L’homme était très bien habillé, très beau, mais il avait un tissu autour de la main. At-Toufayl lui dit : « Qu’est-ce qu’Allah a fait de toi ? » L’homme répondit : « Ghafara-li bi hidjrati ila nabiyihi », c’est-à-dire : « Allah m’a pardonné pour m’être exilé auprès de Son prophète ».

Note : les sacrifices de l’émigration

On doit en fait réaliser ceci : même pour nous, c’est difficile de quitter une ville pour s’installer dans une autre. Or, à cette époque, abandonner sa contrée était une chose très rare, d’autant que cela signifiait quitter la famille et laisser derrière soi des propriétés léguées par les ancêtres. C’était donc un choix très dur, c’est pour cela qu’il est très récompensé par Allah.

Pour revenir à cette rencontre, At-Toufayl demanda à l’homme : « Pourquoi ta main est couverte ? », et il répondit : « Il m’a été dit : Nous ne réparons pas ce que tu as toi-même détruit. » Alors At-Toufayl se réveilla.

Il alla raconter ce rêve au prophète صلى الله عليه وسل, qui fit alors une invocation : « Allahoumma wa’l iadeyhi fa-ghfir », « Oh Allah, et ses mains, pardonne-leur à elles aussi. »

Les enseignements de ce hadith

  • L’honneur de la tribu des Daws

Ce hadith est très intéressant, car il nous illustre plusieurs choses : d’abord, le fait que la tribu des Daws est honorable, car il semblerait que ce soit la seule tribu qui ait offert sa protection inconditionnelle au prophète صلى الله عليه وسل, avant que les Ansâr de Yathrib ne le fassent. Une ou deux tribus ont offert une protection conditionnelle, mais nulle ne semble avoir offert de protection inconditionnelle comme les Daws le firent. Peut-être d’ailleurs, le fait que Abou Houreyrah soit issu de cette tribu montre qu’Allah a honoré cette tribu en extrayant d’elle un grand protecteur de la tradition prophétique. Et Allah est plus savant.

  • Les bénédictions de la hidjra et l’importance des bonnes actions

Ce hadith nous montre aussi que la hidjra a un grand mérite auprès d’Allah, puisqu’elle a été la cause pour que l’homme suicidé soit pardonné.

Cela nous montre aussi que, malgré les péchés que nous faisons, il y a toujours espoir au travers de nos bonnes actions. Nous devons ainsi maximiser nos bonnes actions, notamment celles qui sont les plus importantes auprès d’Allah.

Ici, la hidjra a permis d’absoudre le péché majeur que représente le suicide. Ceci est un signe positif pour nous, car ça nous montre que les bonnes actions contrebalancent les mauvaises actions.

  • Le péché majeur ne rend pas mécréant per se

L’imam Nawawi a commenté sur ce hadith, et énoncé en intitulé de chapitre qu’un péché majeur tel que le suicide ne rend pas un homme kâfir (c’est-à-dire mécréant, en dehors de l’islam). Cela est bon à rappeler, car certains groupes comme les mu’tazilita ou les kharidjites prétendent qu’une personne commettant un péché majeur sort de l’islam. À l’inverse, d’autres groupes comme les mur’jia tombent dans l’extrême inverse, en disant que si on commet un péché majeur ce n’est pas grave car tout est pardonné si on est musulman.

La position islamique orthodoxe est qu’un péché majeur ne fait pas sortir de l’islam (sauf si c’est de l’associationnisme), mais ce n’est pas une chose triviale non plus. Allah peut punir le pécheur ou bien le pardonner. Ainsi, ce hadith prouve que même un péché majeur peut-être pardonné par Allah, et que cela peut être fait à la lumière des bonnes œuvres. On voit aussi qu’une personne vertueuse qui commet un péché n’est pas semblable à la personne mauvaise qui commet un péché. C’est aussi pour cela qu’il ne faut pas juger trop vite une personne, ni la limiter aux péchés qu’on voit d’elle. Il se peut qu’elle ait énormément de bonnes actions à son compteur.

  • La réalité de la dépression

Par ailleurs, on peut comprendre de ce hadith que la dépression n’est pas quelque chose d’imaginaire, et qu’elle peut même mener au suicide.

  • Conclusion

On ne peut préjuger de l’avenir d’une personne dans l’au-delà, et on attend le meilleur de la part d’Allah pour cette personne si elle est musulmane. En outre, on peut être récompensé pour une chose et puni pour autre chose. Ainsi, l’homme bien que pardonné pour son acte, était tout de même puni pour s’être mutilé la main. Et peut-être qu’il serait resté ainsi si le prophète صلى الله عليه وسل n’avait fait d’invocation en sa faveur.

La vie d’At-Toufayl à Médine, la conquête de la Mecque et le siège de Ta’if

Toufayl va vivre 3 ou 4 ans à Médine en compagnie du prophète صلى الله عليه وس. Il était présent lors de la conquête de la Mecque (janvier 630), puis lors du siège de Ta’if en 630. Les musulmans utilisèrent d’ailleurs des catapultes de la tribu Daws, mais la ville ne se rendit pas. Ils quittèrent la ville et le prophète صلى الله عليه وس dit qu’Allah les amènerait à l’islam, et c’est ce qu’ils firent en se soumettant plus tard à l’autorité de Mouhammad صلى الله عليه وس.

Le retour d’At-Toufayl à Nadjran

Lors de ce siège, le prophète صلى الله عليه وس dit à At-Toufayl : « Ô At-Toufayl, prends tes hommes et retourne auprès de ta tribu, pour détruire l’idole des Daws. » L’idole des Daws était une des plus grandes d’Arabie et c’était l’idole la plus célèbre de la région. Malgré la conquête de la Mecque, des peuplades vénéraient toujours les idoles, et certains de la tribu de At-Toufayl continuaient cette pratique.

On voit ici la sagesse du prophète : il charge le chef de Daws de détruire l’idole de sa propre tribu. Si une autre personne s’en était chargée, les gens de la tribu y auraient trouvé une raison pour rejeter l’islam. Mais lorsque c’est leur propre chef qui le fait, que peuvent-ils dire ?

Ainsi, on note que la psychologie humaine est intéressante : une même action peut avoir des effets très différents, selon qu’il s’agit d’un homme de son clan ou d’une personne extérieure. Ainsi, quand une vérité ou une critique provient de nos proches, elle peut être plus facile à entendre que si elle provient d’un étranger.

Par ailleurs, un autre hadith, faible cette fois-ci, énonce que lorsque le prophète صلى الله عليه وس s’apprêtait à envoyer At-Toufayl auprès de sa tribu, ce dernier demanda : « Ô messager d’Allah, peux-tu me donner des conseils ? que dois-je faire ? » Le prophète صلى الله عليه وس lui répondit : « Ya At-Toufayl ! Afchi-s-salâm », c’est-à-dire « répands le salâm ». Il lui conseilla aussi, d’après un autre hadith : « Sois généreux avec ta nourriture et sois digne devant Allah », en ce sens que At-Toufayl est un noble dignitaire et se comporte décemment devant son peuple, or Allah est plus en droit d’être respecté et craint que les êtres humains. Il lui dit aussi : « Si tu fais une mauvaise action, fais-la suivre d’une bonne action ». Effectivement, les bonnes actions dissipent les mauvaises, comme on le lit dans le Coran à la sourate 11, verset 114 : إِنَّ ٱلْحَسَنَٰتِ يُذْهِبْنَ ٱلسَّيِّـَٔاتِ (“Les bonnes œuvres dissipent les mauvaises“)

La tribu de At-Toufayl entre dans l’islam

At-Toufayl revint donc auprès de sa tribu, accompagné de 400 hommes. Il entoura l’idole, y mit du bois et l’enflamma. Il dit alors à son peuple qu’il fallait se soumettre à Allah l’unique et abandonner les idoles. Tous les membres de sa tribu acceptèrent et devinrent alors musulmans, puis partirent rejoindre le prophète صلى الله عليه وس à Médine.

Le retour à Médine et les batailles

At-Toufayl revint donc à Médine avec le reste de sa tribu et y resta jusqu’à la mort du prophète صلى الله عليه وس. Puis le calife bien-guidé Abou Bakr le nomma commandant contre les armées désobéissantes, et contre Moussaylamah Al-Kazzab (c’est-à-dire Moussaylamah le menteur, celui qui se prétendait prophète).

Le rêve de At-Toufayl et sa mort

Sur la route, il fit un rêve : il voyait sa tête coupée tandis qu’un oiseau s’échappait de sa bouche, et dans ce rêve une femme vint la voir et il entra dans son corps. Il voyait aussi son fils qui le cherchait mais ne le trouvait pas. Son peuple écouta et ne sut pas comment interpréter ce songe.

Alors At-Toufayl leur partagea la signification du rêve : ma tête tranchée, c’est mon martyr. L’oiseau est mon âme (car l’âme sera dans l’oiseau). La femme c’est la terre dont je suis issu, et où je retournerai. Mon fils qui me cherche et ne me trouve pas, c’est le désir de mon fils d’être chaheed (c’est-à-dire martyr), mais il ne l’est pas. En effet, dans la bataille contre Moussaylama, At-Toufayl va mourir martyr et son fils va survivre.

Plus tard toutefois, le fils de At-Toufayl tomba lui aussi martyr au cours de la bataille de Yarmouk contre les Romains.

Ainsi en est-il du compagnon At-Toufayl. Qu’Allah l’agrée et lui accorde les plus hauts degrés du Paradis.

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