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Glorificateurs d’Allah : deux profils différents

Glorificateurs d’Allah : deux profils différents

Calligraphie Soubhân Allah

Le Coran met en avant les adorateurs de leur Seigneur. Ce sont notamment ceux qui glorifient Allāh, en disant par exemple : « Soub-hāne Allāh » [سبحان الله] (« qu’Allāh soit exalté / glorifié »).

Ainsi, de nombreux passages évoquent la création, qui glorifie son Créateur. En voici un exemple :

Sourate 24, verset 41

« N’as-tu pas vu qu’Allāh est glorifié [youssab-bihou : يُسَبِّحُ] par tous ceux qui sont dans les cieux et la terre; ainsi que par les oiseaux déployant leurs ailes ? Chacun, certes, a appris sa façon de L’adorer et de Le glorifier. Allāh sait parfaitement ce qu’ils font. »

Coran, sourate 24, « An-Noūr » (La lumière), verset 41

Plus de 80 mots dans le Coran dérivent de cette racine (س ب ح). Il s’agit généralement d’une forme verbale (« glorifie », « (ils) glorifient »).

Sur la totalité du Coran, on trouvera cependant deux occurrences sous forme de nom, dans une même sourate. Voici le premier passage :

Passage de la sourate 37 (versets 139 à 144)

« Yoūnous (Jonas) était certes, du nombre des Messagers. Quand il s’enfuit vers le bateau comble, Il prit part au tirage au sort qui le désigna pour être jeté [à la mer]. Le poisson l’avala alors qu’il était blâmable. S’il n’avait pas été parmi ceux qui glorifient Allāh [mina-l-mousab-bihine : مِنَ ٱلْمُسَبِّحِينَ], il serait demeuré dans son ventre jusqu’au jour où l’on sera ressuscité. »

Coran, sourate 37, « As-sāf-fāte » (Les Rangés), versets 139-144

Le premier verset évoque Yoūnous (Jonas), qui avait fui sa mission de prophète. En partant de sa contrée, le bateau dans lequel il voyageait fut pris dans une tempête et il fut désigné pour être jeté par-dessus bord. Alors, il fut avalé par « le poisson ». Il se mit à glorifier son Seigneur (« Pas de divinité en dehors de Toi ! Gloire à Toi ! J’ai vraiment été du nombre des injustes [1] »), et fut sauvé en étant rejeté de la baleine. Il retourna alors à la ville de Ninive pour terminer son apostolat : le monarque accepta son message et la ville devint soumise à Allāh.

Ici, on peut lire le mot الۡمُسَبِّحِیۡنَ [Al-Moussab-bihīne] qui est un nom.

Le second passage évoque les anges :

Sourate 37, versets 165 et 166

« Nous sommes certes, les rangés en rangs et vraiment, c’est nous qui célébrons la gloire (d’Allāh) [Al-Moussab-bihoūne : ٱلْمُسَبِّحُونَ]. »

Coran, sourate 37, « As-sāf-fāte » (Les Rangés), versets 165-166

Les anges sont des êtres créés de lumière. Ils n’ont pas le libre-arbitre : ainsi, ils obéissent à Allāh et chantent ses louanges. Ils ne peuvent Lui désobéir.

Ici, la traduction en français n’est pas tout à fait fidèle au texte arabe. Une traduction littérale serait plutôt : « C’est nous, vraiment, qui sommes les glorificateurs ». En effet, nous avons ici une forme nominale et pas un verbe : on le reconnaît avec la présence des lettres « ٱلْ » (c’est-à-dire un alif et un lam, qu’on lit « al »), l’équivalent de nos articles « le », « la » ou « les ».

Il en est de même pour le premier passage, concernant Yoūnous. À la place de : « S’il n’avait pas été parmi ceux qui glorifient Allāh », une traduction littérale donnerait : « S’il n’avait pas été parmi les glorificateurs ».

Une question se pose : pourquoi la présence d’une forme nominale au lieu d’une forme verbale ?

La forme nominale apporte une notion de stabilité, contrairement à une forme verbale qui indique une action pouvant être brève. Ainsi, « quelqu’un qui travaille » n’est pas forcément un « travailleur ».

Ici, on comprend que l’identité des anges est liée à cette caractéristique d’obéissance absolue : les anges sont dans un état constant de glorification d’Allāh. Ainsi, ce ne sont pas seulement des êtres qui glorifient : ce sont des « glorificateurs » à part entière. L’emploi d’un nom est donc approprié.

Les êtres humains, à l’inverse, ne sont pas des « glorificateurs ». En effet, nous ne sommes pas dans un état constant de glorification de notre créateur : nous nous adonnons à d’autres activités, et nous commettons des actes de désobéissance envers Lui.

Toutefois, il en va autrement pour le prophète Yoūnous (paix sur lui) : coincé dans la baleine après avoir été avalé, et sans doute submergé par la peur et le regret, il est devenu un glorificateur à part entière. Le choix d’une forme nominale dénote le fait que Yoūnous n’a pas cessé de glorifier Allāh, lorsqu’il était dans le ventre du poisson.

Ainsi, le choix subtil des mots apporte des nuances profondes à la lecture. Or, ces éléments sont indécelables si on n’étudie pas le texte original du Coran. D’où l’importance de maîtriser la langue arabe pour bien comprendre les textes du corpus islamique.


[1] sourate 21, verset 87

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